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Thierry Bisch : l’esthétique et l’éthique

Thierry Bisch, né en 1953, est un peintre de la région bordelaise. Après des études aux Beaux-Arts de Toulouse, il entame une carrière de peintre, produisant d'abord des portraits puis des animaux. Lors d'un vernissage, il se rend compte que ses peintures d'animaux sont davantage prisées. Il abandonne peu à peu les animaux domestiques puis commence à s'intéresser aux animaux en voie de disparition. Cet intérêt d'abord esthétique devient un engagement éthique. 

Dans l'atelier du peintre Thierry Bisch à Blaye.

Dossier réalisé par deux classes de 3e du collège Jean Monnet de Saint-Ciers-sur-Gironde avec l’aide de leur professeur Sandie Lannot (arts plastique),  Floriane Guiet (éducation musicale) et Fabien Lagrasse  (Sciences de la vie et de la terre​) et de la journaliste Marianne Peyri dans le cadre de « Sciences en collège » (Partenariat Cap Sciences - Conseil général de la Gironde).

Ces grandes peintures attirent l'attention de la fondation Prince Albert II de Monaco. Cette fondation œuvre pour la protection de l'environnement et la promotion du développement durable à l’échelle mondiale. Son engagement contribue à la préservation de la faune, de la flore et des espaces maritimes, comme le bassin méditerranéen, les régions polaires et les pays fortement impactés par les effets des changements climatiques. C'est en 2016 avec la collaboration de Thierry Bisch que le projet "Delete" voit le jour. Cette œuvre est destinée à sensibiliser les populations au déclin et à la menace de l'extinction des espèces sauvages.

 

D'où vient votre passion pour la peinture ?

J'avais un arrière-arrière-grand-père qui était un grand peintre, élève d'Ingres et d'Orsel. Il s'appelait Louis Janmot. C'était un peintre lyonnais. Il a vécu entre 1814 et 1892 et quand j'étais enfant ses tableaux étaient chez ma grand-mère. C'est en voyant ses peintures et ses dessins que j'ai toujours eu ça en moi. Mais je me le suis longtemps caché parce que pour moi peintre était un métier de miséreux.

 

Parmi vos peintures quel est votre animal préféré ?

Mon animal préféré je crois que c'est l'ours. Parce que finalement l'ours c'est moi. C'est un autoportrait. Chaque fois que je fais un nouvel ours c'est un nouvel autoportrait. J'en ai fait des dizaines et des dizaines : des blancs, des bruns, des grizzlys...

 

Combien de temps mettez-vous pour réaliser une peinture ?

C'est très variable, les gens m'ont souvent posé la question. Notamment, il y a quelques années, un inspecteur des impôts m'a demandé combien de temps je mettais pour faire une peinture. Il n'a pas du tout compris que je ne faisais pas un travail horaire. Pour simplifier les choses je fais environ quatre peintures par mois.

 

Pourquoi avez-vous choisi de peindre des animaux ?

Je ne peins pas les animaux depuis longtemps. Avant de faire des animaux, j'ai peint des enfants pendant très longtemps, mais ça ne se vendait pas du tout. Puis un jour en 2000 à Paris, dans une galerie, j'ai exposé un tableau de chien. Il n'y avait que des portraits et un chien. Et lors du vernissage le marchand de l'époque m'a dit : "Bon écoute Thierry on a rien vendu sauf le chien. Tu peux m'en refaire un autre ?" Alors deux jours plus tard, je lui en ai ramené un autre et le soir même il était vendu. A la fin de l'exposition, qui a duré un mois et demi, on avait vendu une dizaine de chiens et pas un seul portrait. Donc j'ai compris que la manière dont je peignais mes portraits faisait peur. Mais quand je faisais des animaux ça passait très bien. Et à partir du moment où j'ai commencé à faire des animaux, ça s'est vendu.

 

Votre métier vous permet-il de voyager ?

Oui bien sûr. Je n'ai pas été sur le continent sud-américain, en revanche j'ai été en Afrique et notamment en Afrique du sud. Je suis allé à la rencontre de la faune sauvage, surtout dans le sud de l'Afrique, particulièrement au Botswana, qui est probablement l'un des pays qui a les plus belles réserves naturelles sauvages grâce à une volonté politique du président qui souhaite faire de son pays un sanctuaire pour les animaux. Le problème, c'est que les animaux viennent en grande nombre dans ces espaces protégés pour échapper aux braconniers.

 

Pourquoi avez-vous appelé votre projet « Delete » et non « save » ?

J’ai pensé à mettre le mot « sauver » plutôt « qu’effacer », cela aurait été plus positif. Mais réflexion faite, je me suis dit que seules les personnes attachées à la protection des animaux allaient se sentir concernées. Alors qu’avec « Delete », on est confronté à un choix, celui de supprimer une espèce en un seul clic. Cela engage plus de responsabilité.

 

Pourquoi avez-vous accepté de travailler avec nous ?

Parce que c’est vous qui allez changer le monde, moi je lance un message et c’est grâce à votre génération que cela peut changer. Si vous expliquez cette démarche autour de vous, d’autres le feront et ainsi de suite…il y aura une prise de conscience collective.

 

Pourquoi avez-vous choisi ce moyen pour faire passer ce message ?

Parce que je ne sais faire que ça de mes dix doigts… Il n’y a qu’en peignant que je peux convaincre.

L’artiste travaille dans son atelier à Blaye et produit jusqu’à 5 toiles par mois qui sont ensuite envoyées dans de grandes métropoles, comme Monaco et prochainement New York où des reproductions en très grand format orneront les façades d’immeubles pour toujours sensibiliser un public plus large.

 

Propos recueillis par Lena Paranthoen et Liza Boulle, élèves de 3e du collège Jean Monnet de Saint-Ciers-sur-Gironde.