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Saucats, témoin de la géologie aquitaine

A 20 kilomètres au sud de Bordeaux, la réserve naturelle de Saucats-La Brède témoigne de l’histoire géologique de l’Aquitaine. Dents de requins, coraux et coquillages fossilisés y sont visibles dans les couches sédimentaires du tertiaire.

Saucats, témoin de la géologie aquitaine

Pour accéder au lieu, il faut traverser le magnifique vignoble de Pessac-Léognan, contourner ses multiples châteaux, les belles maisons girondines centenaires, avant de s’enfoncer dans des espaces naturels très diversifiés. C’est là au milieu de ces bois d’acacia, de résineux, de sureaux et de chênes que se trouve la réserve naturelle géologique de Saucats-La Brède (1).

Un secteur qui attire de nombreux bordelais qui s’installent ici. C’est d’ailleurs face à l’urbanisation croissante qu’universitaires, enseignants et élus vont se mobiliser au début des années 80 pour protéger le patrimoine géologique de la commune. Alors qu’un nouveau lotissement se construit sur un site connu des géologues pour sa richesse, la prise de conscience d’une probable disparition d’autres sites sous le béton gagne du terrain. Depuis le milieu du XIX ème, les géologues viennent étudier les richesses géologiques du lieu (voir encadré). « Certains collectionneurs trop acharnés (ils campaient et fouillaient sur place durant des semaines !) risquaient de mettre en danger certains sites à valeur patrimoniale déjà mis à mal par l'urbanisation croissante », explique Philippe Rocher qui, enfant, venait ici en vélo s’extasier devant les fossiles avant de devenir animateur et chargé des collections de la réserve.

Car l’abnégation des géologues amateurs et experts aura permis de faire classer le site en réserve naturelle pour le protéger en 1982. C’est la toute première réserve naturelle géologique créée en France. Elle va montrer la richesse géologique au grand public. Pendant une dizaine d’année, les bénévoles de l’association de la réserve posent des grillages autour des sites identifiés et surveillent les lieux.

Dix années après le classement, la première vitrine a ciel ouvert est aménagée pour protéger et dévoiler les dépôts sédimentaires caractéristiques de différentes périodes géologiques.

 

10 millions d’années de fossiles

Aujourd’hui les 7 salariés de la réserve géologique l’entretiennent et accueillent les visiteurs dont pas moins de 7000 scolaires chaque année. Autant de visiteurs intéressés par les 10 millions d’années de dépôts visibles ici. Il faut imaginer qu’au tertiaire l’Aquitaine a littéralement les pieds dans l’eau.

Trois vagues successives vont la recouvrir. Non pas des vagues de marées hautes mais des avancées et retraits de la mer qui vont déposer des sédiments et y enfermer des coquillages, mollusques, coraux, ou encore dents de grands mammifères marins, chacun témoins d’une époque et d’une géographie particulière : lagune, mangrove, littoral ou océan.

Des transgressions et des régressions dues à des changements climatiques où la mer avance d’un centimètre par an sur des millions d’années, faisant d’Agen un golfe.

Nous sommes au tertiaire et le climat de la région est tropical. Les palmiers bordent le littoral et sous l’eau les coraux s’installent. Les dinosaures de l’ère secondaire ont disparu… place aux mammifères. En Aquitaine, la faune aquatique est alors très importante. Le mégalodon, un requin géant de 15 mètres nage dans ces eaux comme le rytiodus, proche du dugong qui vit aujourd’hui dans les eaux chaudes de l’océan indien et pacifique. Les gastéropodes turritelles (photo ci-dessous) et les mollusques récifaux élisent domicile ici. 

 

L’Aquitaine ressemblait à la Casamance

Autant de traces visibles sur les 6 sites de la réserve. La Maison de la réserve située dans le bourg de Saucats permet de se rendre compte de cette richesse dans les vitrines pédagogiques où sont exposées dents des requins, gastéropodes, coraux, oursins et autres huîtres et coquilles Saint-Jacques vieilles de plusieurs millions d’années.

On distingue alors les trois périodes de cette ère tertiaire : l’Aquitanien, le Burdigalien et le Serravallien.

L’étage géologique le plus ancien est l’Aquitanien avec ses 21 millions d’années quand l’océan rentre dans les terres et où le paysage ressemble à des mangroves comme l’actuelle Casamance au Sénégal. Les nombreux coquillages qui y vivent sont visibles, aujourd’hui fossilisés dans ces strates.
Puis la mer se réchauffe encore au Burdigalien il y a 19 millions d’années toujours sous un climat tropical favorable à l’installation de récifs coralliens. Les coraux sont d’ailleurs très présents sur certains sites de la réserve.
Au Serravallien, il y a 13 millions d’années, l’océan recouvre toujours l’Aquitaine et nos requins géants peuplent une mer qui commence à se refroidir annonçant alors notre quaternaire. Fin de l’histoire ?

La réserve de Saucats conserve aujourd’hui toutes ces preuves de notre passé géologique.

 

Des falaises de couches sédimentaires

Et s’il fallait déterminer un point de départ au sein de la réserve pour se rendre compte de l’accumulation sédimentaire, le site de Pont-Pourquey pourrait avoir la préférence. Alors que l’on s’enfonce dans la forêt, il ne faut que quelques pas pour apercevoir sur le sentier, au milieu d’une fine couche d’humus, des petits coquillages qui remontent le temps. Quelques dizaines de mètres plus loin, les clapotis du petit ruisseau le Saucats se font entendre. Ici, de nos jours, le calme cours d’eau longe une falaise de sédiments où l’on peut observer les couches de roches sédimentaires formées de sables calcaires.
Ils ont été déposés ici au Burdigalien, quand cette partie de l’Aquitaine était un littoral. Chaque couche est constituée d’un amas incroyable de coquillages, fossilisés dans ce sable très fin, appelé falun. Typique de Saucats, il permet de conserver tous ces coquillages fossiles dans un état remarquable.
Si la falaise affleure aujourd’hui sous le regard des curieux et passionnés c’est grâce à notre paisible ruisseau. Lors des différents temps géologiques, il aura permis l’érosion dans ses vallons. En se déplaçant sur des millions d’années, le Saucats et ses affluents ont créé à de multiples lieux ces affleurements.   

Sur l’ensemble des 7 sites de la réserve répartis sur les 75 hectares, on découvre alors l’avancée et le recul de la mer avec à chaque couche des sédiments et des fossiles différents selon la période.

 

(1) Pour les visites, se renseigner sur Internet.


 

Des étalons géologiques :

Les affleurements permis par le ruisseau Saucats ont pu servir à la définition des stratotypes de l’Aquitanien en 1857 par Karl Mayer et du Burdigalien par Charles Déperet en 1892. Un stratotype est une sorte d’étalon d’une couche géologique. Une référence internationale.

 

Photos : Alexandre Marsat

 

Alexandre Marsat

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