Votre version d'internet explorer est obsolette, veuillez mettre votre navigateur à jour pour accéder à ce site.

Mettre à jour

Saint-Michel : un sas d’intégration sur la ville

Emilie Kuziew, maire adjointe de Bordeaux Sud depuis 2014, évoque le rôle de la mairie et d’InCité et nous livre sa vision optimiste de l’évolution du quartier…

Emilie Kuziew interviewée au CDI du collège Aliénor à Bordeaux en mai 2017.

Dossier réalisé par des élèves de 3e du collège Aliénor d’Aquitaine avec l’aide de leurs professeurs Lynda Palvadeau (histoire-géographie), Bénédicte Gardair (français), Sophie Jouanin (documentaliste), Claire Frankum, Stéphanie Villetelle (arts plastiques), de Candice Marcellaud de l’ALIFS (Association du Lien Interculturel Familial et Social) et de la journaliste Marianne Peyri dans le cadre de « Sciences en collège » (Partenariat Cap Sciences-Conseil général de la Gironde)

 

Comment trouvez-vous Saint-Michel ?

C’est un quartier que j’affectionne et c’est aussi du coup l’une des raisons qui a fait que j’ai accepté de faire partie de l’équipe municipale. C’est un quartier dans lequel je vis, -j’habitais en 2014 notamment cours de l’Yser- que je connais bien. C’est un quartier populaire avec une mixité culturelle et culturelle importante, qui est un sas d’intégration sur la ville.

 

Les travaux sur Saint-Michel ont-été décidé il y a longtemps ?

C’est une opération très ancienne. Il a fallu tout d’abord lancer un processus de diagnostic fait par l’ANRU (Agence Nationale de Requalification Urbaine), soit une phase avec des paysagistes, urbanistes, sociologues, anthropologues… pour savoir qui vivait là, dans quelles conditions, ce qu’on voulait faire de ce quartier, avec quel financement public car ce sont des opérations très coûteuses. Cela a donc commencé au début des années 2000 et en 2020, on n’aura pas fini avec les opérations cours de la Marne et de l’Yser. Par exemple, les travaux de la place décidés en 2003 n’ont été achevés que l’an dernier.

 

Quels sont les objectifs de ces travaux ?

Ces travaux s’inscrivent dans un programme national PNRQAD (Programme National de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés), soutenu par l’État et différents partenaires. On est parti du constat qu’on avait du logement dégradé, voir insalubre, avec des poches de paupérisation, des espaces publics dégradés, des commerces qui avaient du mal à se revitaliser. Cette décision, qui a par ailleurs commencé sur les quartiers Saint-Pierre puis Saint-Paul et maintenant Saint-Michel -et bientôt cours de la Marne et de l'Yser-, a été prise pour pouvoir réaménager l’espace public, pour favoriser le lien social, mais aussi en parallèle intervenir sur la requalification de l’habitat et pouvoir maintenir du logement social conventionné, avec une vraie existence. En effet, auparavant, des personnes pauvres étaient logées chez des propriétaires privés, dans des appartements pas toujours bien entretenus et ne bénéficiaient pas forcément d’un logement social avec des loyers encadrés ou modérés.

 

Pensez-vous qu’aujourd’hui cette mixité sociale est maintenue à Saint-Michel ?   

Effectivement, les travaux donnent une autre image du quartier, ce qui peut attirer un autre type de population, mais le travail fait en parallèle sur le logement social permet de maintenir des logements pour des personnes en situation de fragilité. C’est un travail quotidien important car effectivement on a en parallèle des propriétaires de biens privés qui se rendent compte que la ville de Bordeaux est de plus en plus attractive et ces propriétaires veulent tirer une meilleure valeur de leurs biens, augmentent les loyers, spéculent un petit peu, voire des marchands de sommeil qui profitent de la situation… Nous, on est très vigilant à travers InCité pour créer des logements habitables et notamment des logements familiaux. Car la particularité de Saint-Michel, est qu’on a eu des subdivisions sur le logement important et au final on a très peu de logements pouvant accueillir des familles, c‘est beaucoup de T2. On essaie donc de créer une diversité d’offres de typologies de logements pour accueillir des étudiants, des immigrés mais aussi des familles…

 

On constate pourtant la venue de nouveaux habitants ?

Oui, mais pas spécifiquement sur Saint-Michel. Il y a une évolution mais sur la totalité de Bordeaux avec l’arrivée de nouveaux habitants et Saint-Michel n’est pas épargné. Aujourd’hui, Saint-Michel reste un quartier prioritaire, avec une population qui arrive mais qui est identique à celle qu’il y avait il y a quelques années. On ne peut pas dire que ce soit un quartier qui se gentrifie, avec des personnes à revenus plus élevés qui remplacent des personnes pauvres. Aujourd’hui, que ce soit dans les écoles ou les associations, on doit encore faire face à de grandes difficultés.

 

Saint-Michel est-il un exemple à l’échelle de la France ?

Dans le cadre de ce programme national, non, c’est une opération qui se déroule sur plusieurs villes de France, chacune à des stades différents. Bordeaux a candidaté dès le début, on est donc plus avancé que d’autres villes de France, cela nous permet justement d’échanger avec d’autres villes, pour partager nos difficultés, revoir nos objectifs …Par exemple, on s’est rendu compte qu’à Saint-Michel, il y avait très peu de propriétaires occupants dans les logements les plus dégradés et que ces logements étaient plutôt aux mains de propriétaires qui possédaient beaucoup de biens et qui les louaient. On va donc retravailler, dans la prochaine convention, sur de nouvelles aides à destination du coup des petites copropriétés.   

 

Comment imaginez-vous le quartier dans 10 ans ?

Notre objectif est qu’il garde son dynamisme et sa mixité. On fait tout pour. Mais j’espère qu’il sera plus propre car c’est un quartier où l’incivisme reste important. Du coup, on travaille avec les écoles, les commerçants, les associations de riverains pour impliquer les gens et les alerter sur le fait qu’on est tous un peu responsables sur ces questions de propreté et que la collectivité, elle ne peut pas la maintenir si derrière il n’y a pas d’adhésion des habitants. Aujourd’hui, la requalification est faite pour que les habitants aient plaisir à se retrouver dans la rue, à échanger, à animer ces espaces publics comme l’aire de jeux de la place Maucaillou, implantée à la place d’un parking afin de donner aux familles l’envie de se retrouver après l’école. Pour créer du lien social, on a aussi une intervention sur le commerce via InCité.

 

On constate l’arrivée de boutiques assez chics justement à Saint-Michel ? Quelles sont les possibilités d’intervention de la mairie sur le commerce ?

Aujourd’hui, les mairies ne peuvent pas décider de l’ouverture ou la fermeture de commerces. C’est très protégé au niveau national. Par contre, via notre opérateur InCité, lorsqu’il réaménage un immeuble avec un rez-de-chaussée commercial vide, on peut choisir avec lui quel commerce on peut installer, pour maintenir un certain équilibre et une vie de quartier. Aujourd’hui, les commerçants comprennent l’importance de maintenir cet équilibre. Ils étaient en effet ravis au départ d’avoir beaucoup de restos et de belles terrasses sur la place. Or, après un premier hiver, sur la place réaménagée, ils se sont rendu compte que lorsqu’il pleut, du coup, la place est désertée et de l’importance de maintenir une diversité de commerces (médecin, vêtements…) pour faire venir une autre clientèle…Du coup, une réflexion est en cours, validée par la mairie, pour doter InCité d’une nouvelle capacité d’intervention uniquement sur des locaux commerciaux. L’objectif est d’aider des jeunes ou de fragiles entreprises en proposant des locaux, remis aux normes, à des loyers modérés et ce, afin de contrer la spéculation actuelle sur les loyers des locaux commerciaux et le fait qu’aujourd’hui, par exemple, les brocanteurs ou artistes sont un peu poussés dehors car ils ne sont pas propriétaires de leurs locaux.

 

Quelles seront les actions futures de la mairie sur le quartier Saint-Michel ? 

Sur Saint-Michel, le plus gros a été fait, mais il reste beaucoup à faire sur les logements. Nous avons aussi des projets de création de trames douces, avec le réaménagement des rues des Menuts, Planterose, Permentade. Le parti-pris est de faire un quartier apaisé en termes de circulation, avec moins de voitures et plus de cheminement piétons et vélos.

 

Quel impact aura l’arrivée de la LGV sur le quartier Saint-Michel ?

Bordeaux ne sera plus qu’à deux heures de Paris en train. D’ores et déjà, on voit des Parisiens qui ont décidé de vivre à Bordeaux tout en travaillant à Paris, par confort de vie, avec la possibilité d’avoir une maison avec jardin pour 500 000 euros, au lieu d’un T3 à Paris, d’être à une heure de la mer et deux heures des Pyrénées… la balance est vite faite. Quand ils viennent visiter Bordeaux, ils tombent amoureux. C’est là où le rôle d’InCité est très important. Sinon pour accueillir ces familles, il y a en parallèle une opération Bordeaux-Euratlantique qui prévoit 2,5 millions de m2 construit autour de la gare pour réguler justement tous ces apports de la population. Tout le quartier de la gare va énormément muter d’ici 2030.

 

InCité

InCITé est une société d’économie mixte, créée avec des partenaires publics mais aussi des entreprises privées, dont la ville de Bordeaux est actionnaire, mais aussi la Caisse des dépôts, des banques, des bailleurs sociaux… Elle a été créée en 1952 pour intervenir sur la qualification urbaine, sur commandes des collectivités. InCité peut aller visiter les logements, discuter avec les familles, les accueillir car ils sont aussi bailleurs sociaux, et peut aller jusqu’à l’expropriation ou dès qu’un bien insalubre est mis en vente, il est prioritaire pour racheter. Quand InCité acquiert un bien, il reloge les habitants dans des appartements pendant le temps des travaux et après les travaux, ceux-ci reviennent vivre dans de nouveaux logements plus décents et avec des loyers encadrés.

 

 

Emilie Kuziew

 

Maire adjointe du quartier Bordeaux sud depuis mars 2014, Emilie Kuziew est originaire de Champagne–Ardennes. Elle est arrivée à Bordeaux en 2002 pour poursuivre ses études. Après le Bac, elle a fait un DUT en information/communication, spécialisé en communication des entreprises. Elle souhaité continuer ses études et faire une licence de communication publique, elle n’a pas été prise. Du coup, elle s’est inscrite en première année de droit à Bordeaux et est tombée amoureuse du droit public et a passé un master de droit des collectivités territoriales.

 

 

 

Propos recueillis par Sullivan Laprade, Daniel Kramlikh, Quentin Besse, élèves de 3e du collège Aliénor d’Aquitaine de Bordeaux.