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Saint-Michel : un endroit où on respire

Nous avons interviewé Elisabeth et Stéphanie du festival "Chahuts ". Elisabeth est la directrice du festival et Stéphanie est chargée de l’action culturelle. Elles sont toutes les deux nouvelles et vont nous parler de l’évolution du festival, du quartier, des rénovations ...

Elisabeth et Stéphanie de l'association Chahuts.

Dossier réalisé par des élèves de 3e du collège Aliénor d’Aquitaine avec l’aide de leurs professeurs Lynda Palvadeau (histoire-géographie), Bénédicte Gardair (français), Sophie Jouanin (documentaliste), Claire Frankum, Stéphanie Villetelle (arts plastiques), de Candice Marcellaud de l’ALIFS (Association du Lien Interculturel Familial et Social) et de la journaliste Marianne Peyri dans le cadre de « Sciences en collège » (Partenariat Cap Sciences-Conseil général de la Gironde)

 

Aimez-vous le quartier Saint-Michel ?

Stéphanie : Oui, beaucoup. Je l’aime pour la richesse des cultures présentes, du tissu associatif, des habitants… Même si on n’est pas habitant du quartier, les portes sont ouvertes, les gens ont envie de partager, d’échanger.

Elisabeth : Je trouve que la flèche est très belle. L’architecture est intéressante et pas complètement lisse, ce qui fait son charme. C’est très accueillant, très vivant, on sent que beaucoup de gens viennent pour le marché... Cela rythme les scènes du quartier, c’est très ouvert sur le monde, la Garonne... C’est un endroit où on respire.

 

Quelle est la partie favorite de votre travail ?

Elisabeth : J’aime avoir la chance de pouvoir travailler avec beaucoup de gens différents. Avec une particularité : comme notre association n’a pas de lieu de représentation, cela créé un lien nécessaire et plus fort avec tous nos partenaires, les associations, les artistes, les écoles... Il y a aussi un aspect créatif dans ce métier.

Stéphanie : J’aime également cette diversité des gens rencontrés, voir les projets se construire, voir le festival prendre forme.

 

Quelle est l’évolution du festival ? Des spectateurs ? Qu’en pensez-vous ?

Elisabeth : Au départ, le festival était axé sur le conte et s’est peu à peu élargi aux arts de la parole et à d’autres formes d’arts différents : performances, poésie, danse, écriture… La mixité du public était présente dès le départ du festival, mais au fil des ans, on a pu constater que le public s’est élargi de plus en plus avec un public venant aussi de l’extérieur du quartier. C’est une des fonctions du festival Chahuts que de valoriser l’image du quartier.

 

Pensez-vous rester dans le quartier Saint-Michel ?

Stéphanie et Elisabeth : oui, ce serait autre chose sans ce quartier. Chahuts ne serait pas Chahuts sans Saint-Michel mais on a envie de plus en plus de créer des liens entre les différents quartiers et de nous ouvrir à d’autres quartiers.

 

Préférez-vous le quartier avant ou maintenant ?

Stéphanie : Personnellement, je préférais l’ancienne place. Je regrette, comme beaucoup d’habitants d’ailleurs, notamment la disparition sur la place des socles en béton autour des lampadaires qui servaient de bancs et de lieux de sociabilité pour les habitants du quartier. Je m’étonne aussi du choix d’implanter tout autour de la place ces palissades en bois… Globalement pour moi, la place est devenue plus propre, mais plus froide, même si la chaleur des gens, elle, persiste.

Elisabeth : Je n’ai pas connu la place d’avant, je ne peux donc pas comparer, mais on sent qu’on est dans un quartier populaire de centre-ville qui est en phase transitoire, avec une possible gentrification.

 

Quelles formes prend cette gentrification ?  Quels sont les changements ?

​Stéphanie : C’est un quartier où on constate qu’il devient de plus en plus difficile de se loger car les loyers sont plus chers ce qui fait forcément évoluer la population.

Elisabeth : La richesse de ce quartier réside justement dans cette diversité de population, et son côté populaire, terre d’accueil. Le ravalement des façades (ce qui en soi est plutôt bien) s’accompagne d’une hausse des prix et d’une mainmise des prometteurs immobiliers.  On peut donc redouter que la population peu aisée ne soit chassée par cette hausse des prix. On constate aussi ces derniers mois l’ouverture de nouveaux commerces proposant des produits de luxe, destinés à une clientèle qui a des moyens, ce qui pourrait signifier que cette population aisée est de plus en plus présente. Il ne faudrait pas que le quartier Saint-Michel perde sa diversité, qui fait justement sa richesse… Le quartier est en transition, c’est palpable. Toute la question est justement de savoir, si comme d’autres quartiers d’autres grandes villes, la gentrification s’imposera ou s’il y aura une résistance de la population historique ou du tissu associatif pour maintenir cette mixité.

 

Cette résistance existe-t-elle selon vous à saint-Michel ?

Elisabeth : J’ai l’impression que les gens en ont conscience et n’ont pas envie de se laisser faire. Mais face à la montée en puissance du capital, du poids des promoteurs immobiliers, tout dépend aussi de la volonté politique.

 

Chahuts, c’est quoi ?

L’association Chahuts a un bureau situé dans le quartier Saint-Michel, mais les spectacles ont lieu dans divers espaces publics, comme la place Saint-Michel et le théâtre Barbey. Elle invite des artistes ou des habitants à se produire dans le quartier. Les résidences sont en fonction des contextes. Leur festival, qui se déroule en juin, est destiné à donner la possibilité aux gens de s’exprimer. C’est un festival de l’art de la parole. Il existe depuis 26 ans et a toujours été dans le quartier Saint-Michel. Il fait partie de son histoire. Leurs partenaires sont la ville de Bordeaux, la Métropole, le Département et la Région. Et bien-sûr, Chahuts travaille aussi avec des écoles et d’autres partenaires sociaux et culturels. Tout au long de l’année, l’association travaille autour de thématiques axées sur les arts de la parole, par exemple en invitant les habitants du quartier à témoigner, s’exprimer… Ces témoignages peuvent donner lieu à des performances, des écrits, de la création de contes à partir de parcours de vie, des ateliers d’écriture... Cette année par exemple ils ont exploré le thème de la campagne électorale.

 

Propos recueillis par Daniela Carvalho, Tatia Chokeli, Lola Schwal, Mansie Johnpillai, élèves de 3e du collège Aliénor d’Aquitaine de Bordeaux.