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Quand les bouddhistes pratiquent l’automomification pour devenir un Parfait

Des moines bouddhiques d’Extrême Orient sont figés pour l’éternité dans la position du lotus. A croire que la pratique de la méditation « sans conscience » conserve ! Cet acte de momification volontaire nécessite pas moins de 5 ans et demi de jeûne extrême. Venu en Chine avec le bouddhisme au Ve siècle, ce rite religieux se perpétuerait encore de nos jours…

Itigilov, ce moine bouddhique russe mort en 1920 est l'un des rares cas de momification volontaire réussie. Copyright : Atelier TçPç

Le premier cas d'autommification a été décrit au Moyen Âge par des pèlerins chinois dans la région de Tourfan. La pratique se répand ensuite au Japon à partir du XIIe siècle, puis dans d’autres pays d’Asie et ce, jusqu’en Russie. Condamnée par le confucianisme en Chine et considérée comme un suicide au Japon, elle est interdite en 1872 sous l’ère Meiji. Est-ce la fin d’une pratique ? Pas si sûr ! En 2010, la police découvre le corps momifié d’un homme à Tokyo. « Il voulait devenir un Bouddha vivant », dira sa petite fille.

 

S’éteindre pour mieux atteindre l’Illumination

Si, en Egypte, la momification s’est démocratisée, elle ne concerne qu’une élite religieuse en Asie. La plupart sont des moines d’âge mûr, pré-desséchés et surtout prêts à tenter l’expérience spirituelle ultime. Issues de l’école Chan (Zen au Japon), leurs communautés, les considèrent déjà comme arhats (l’équivalent des saints en Occident). L’automomification est pour eux le meilleur moyen d’atteindre l’état d’Eveil pour devenir un Parfait, un Bouddha, sans passer par les nombreuses étapes de la réincarnation.

 

La recette du moine laqué

De nombreux textes anciens donnent la marche à suivre aux adeptes du Sokushinbutsu. Les céréales sont tout d’abord éliminées de l’alimentation pendant les 1000 premiers jours. Puis le régime se réduit, les 1000 jours suivants, aux seules racines et écorces de pin accompagnés de sève de Vernis du Japon. A l’issue de cette diète, le religieux se fait enfermer dans une boite, dans l’attitude de recueillement. Tous les matins, il signale à ses congénères par le tintement d’une cloche qu’il est toujours en vie. Quand le silence se fait, le tombeau est scellé. Après 3 à 20 ans, le corps est enfin exhumé puis laqué avec ses habits ou parfois enduit d’une couche d’argile modelée en icône.

 

Objet de vénération …et de trafic

Les élus, peu nombreux, sont déposés dans une niche, un sanctuaire ou un stûpa. Ils sont vénérés par une foule qui leur prête une efficacité contre les catastrophes naturelles. Mais pas que… De nombreux ouvrages médicaux au Japon prescrivent aussi depuis le XVIIe la poudre de momie comme fortifiant ! Les Bouddha n’attirent, hélas, pas que l’admiration. Le trafic de momies entières commence dès le XVIIe siècle avec les espagnols. Mais le commerce perdure, puisqu’en janvier 2015, des policiers mongols interceptent, dans le district de Songino Khairkhan, la momie d’un moine bouddhique décédé il y a 200 ans. Elle allait être vendue au marché noir. Il pourrait s’agir d’un des mentors du célèbre lama Dashi-Dorzho Itigilov.

 

Un Parfait : devenir un Parfait, c’est avoir atteint l’ultime niveau de sagesse bouddhique
Le confucianisme ou « école des lettrés » : Fondé sur l'enseignement du philosophe chinois Confucius, le confucianisme est à la fois une   philosophie, une morale et une religion. C'est sous la dynastie des Han (IIe s. avant J.-C.-IIIe s. après J.-C.) que le confucianisme devint la     doctrine officielle de l'État. Dès lors, les fonctionnaires ne furent recrutés que parmi ceux qui en étaient instruits.
L'ère Meiji : période historique du Japon entre 1868 et 1912. Cette période symbolise la fin de la politique d'isolement volontaire appelée sakoku et le début de politique de modernisation du Japon.
Sokushinbutsu  ou « devenir rapidement Bouddha dans ce corps »
La sève de Vernis du Japon : le Vernis du Japon ou Toxicodendron vernicifluum est un arbre. Il produit une molécule très toxique qui sert à la fabrication de la laque en ébénisterie en Chine. Il provoque diarrhées et vomissements. Le corps est empoisonné et débarrassé de tous les parasites et bactéries. La sève est utilisée dans le cas d'automomification pour accélérer la déshydratation du corps et sa conservation.
Un stûpa  trouve son origine dans le tumulus et ne consiste, à ses débuts, qu'en un mausolée, empilement de briques ou de pierres au cœur duquel est enfermée une relique du Bouddha.
Un lama : enseignant du bouddhisme tibétain. Ce titre peut être utilisé de manière honorifique pour un moine pour indiquer leur niveau de spiritualité et/ou d'autorité.
 

Pour en savoir plus 
« Momies d’Extrême Orient », Paul Demiéville, Journal des savants, 1965, p 144-170