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Qu’est-ce qu’une huître triploïde ?

Si cet été vous mangez des huîtres non laiteuses, ce seront assurément des huîtres triploïdes. Bon, a priori, ça ne vous coupe pas l’appétit. Reste à savoir ce que c’est.

Qu’est-ce qu’une huître triploïde ?

FLÂNEUR DES SCIENCES

À l’état naturel, comme tous les animaux, les huîtres sont diploïdes, c’est-à-dire qu’elles ont deux jeux de 10 chromosomes. Les triploïdes en ont donc trois jeux, soit 30 chromosomes. Ça ne fait pas davantage à manger, c’est juste qu’elles ont été modifiées pour arriver à ça. Initialement, c’est le laboratoire  Ifremer de La Tremblade, en Charente-Maritime, qui a conçu cette espèce en faisant subir un choc, le plus souvent thermique, à des gamètes pour qu’elles aient deux chromosomes au lieu d’un. En la fécondant avec une gamète classique à un seul chromosome, on obtient une huître triploïde. Depuis, les Américains ont amélioré le processus en partant d’unetriploïde existante, en la croisant avec une huître à un chromosome. Ce qui donne une huître à quatre jeux de chromosomes qui, une fois couplée avec une huître normale à deux jeux de chromosomes, donne une huître à trois jeux, une triploïde donc. On rigole bien quand même, dans les labos.

 

Vendue aussi l’été

L’avantage de la bestiole, c’est qu’elle est stérile puisqu’elle a un nombre impair de jeux de chromosomes, ce qui freine la division cellulaire. Pour elle, cet avantage n’est pas évident, sauf si elle ne veut pas d’enfants, mais pour le commerce, il est double : d’une part, elle ne perd pas d’énergie à se reproduire (eh oui, ça fatigue : l’huître y consacre 2/3 de ses réserves en sucre…) et elle peut donc utiliser ce surplus d’énergie à grandir. Résultat, elle atteint sa taille de commercialisation à 2 ans au lieu de 3. D’autre part, elle n’est pas laiteuse puisqu’elle n’émet pas de spermatozoïdes ni d’ovocytes et le consommateur préfère ça, ce qui permet de vendre aussi pendant la saison estivale. C’est en effet l’été que l’huître se reproduit, généralement lorsque l’eau atteint 20 degrés.

Techniquement, il ne s’agit pas d’un OGM puisqu’il n’y a pas d’ajout d’un gène étranger et qu’il existe une quantité infime d’huîtres naturellement triploïdes. Toutefois, même si l’on estime que 90 % des ostréiculteurs y ont eu recours, certains s’y opposent car le producteur doit chaque année racheter des naissains (des « bébés huîtres ») aux laboratoires qui produisent des triploïdes. Ensuite, après quinze ans d’usage, on a remarqué que, parfois, ces huîtres émettent tout de même une substance laiteuse. L’Ifremer assure que c’est insuffisant pour assurer une reproduction et semer une pagaille génétique chez les autres huîtres mais les opposants sont plus dubitatifs. Comme la triploïde représente 30 % du marché sur l’année (et plus l’été), ça fait du doute plus cher que 13 à la douzaine.

 

Chronique réalisée en collaboration avec le Mag de Sud Ouest.