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Préhistoire : le feu pour tailler des outils est d'abord apparu en Afrique

Quarante mille ans avant l'Europe, des populations sud-africaines utilisaient le feu pour tailler leurs pierres. Un bond technique qui se perdra rapidement. C'est une équipe menée par une archéologue bordelaise qui vient d'en faire la découverte

Il y a 65 000 ans, les habitants des sites du Howiesons Poort en Afrique du sud utilisaient le feu pour tailler des outils de pierre. Une technique qui simplifiait fortement ce travail et qui était terriblement en avance sur son temps : elle se perdra après eux pour ne réapparaître que 40 000 ans plus tard, en Europe et en Asie. Anne Delagnes (CNRS/ PACEA à Bordeaux) a dirigé l'équipe qui a officialisé cette découverte.

Jusqu'alors, on avait des traces de ce type de travail mais il fallait détruire les objets archéologiques pour en obtenir la preuve formelle. Grâce à un patient travail de comparaison avec des outils témoins, Anne Delagnes et son équipe ont pu montrer que 92% des échantillons avaient été taillés après avoir été chauffés : « Avant ça, on n'avait pas mesuré l'impact et l'importance du feu. Un éclatement de la roche après chauffage était plutôt interprété comme une maladresse. Là, on voit que c'est intégré par les tailleurs. » Concrètement, ils faisaient sans doute éclater les blocs de pierre en les laissant à côté d'un feu : le chauffage diminuait la porosité de la pierre qui devenait plus homogène et plus lisse. La taille est alors plus facile et permet de créer des lames fines et allongées, des outils plus fins.

Cette découverte est la preuve de la première utilisation par l'homme d'une pyrotechnologie, un premier signe d'utilisation du feu pour autre chose que la nourriture et l'éclairage : « C'est un pas important dans l'évolution technique et cognitive » souligne Anne Delagnes. Il permet tout un outillage en pierre microlithe que l'on ne retrouvera que 55 000 ans plus tard en Europe.
Et ce n'est pas la seule chose pour laquelle ces groupes humains du Howiesons Poort sont très en avance. Cette période du Middle Stone Age africain (300 000 à 30 000 ans avant notre ère) était déjà connue pour avoir abrité les premières manifestations de comportements symboliques (gravures sur des œufs d'autruche, parures de coquillages percés, utilisation de pigments...). Mais toutes ces avancées seront perdues à la fin de cette période, vers - 60 000 ans. Ces bonds en avant, suivis de pertes de savoirs sont fréquents dans cette région de l'Afrique, sans doute à cause d'une absence de réseaux structurés pour les transmettre. Il faudra attendre longtemps avant que les progrès ne se répandent.