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Quand une image de tabac déclenche des réactions cardiaques

Les chercheurs du laboratoire Sanpsy de l’Université de Bordeaux ont démontré au public que des stimuli liés à une substance produisent des effets particuliers chez les personnes dépendantes au produit.
Une expérience d’étude expérimentale réalisée avec des images pendant la Nuit des Chercheurs que Sanpsy souhaite réitérer auprès du grand public.
Interview avec les chercheurs du laboratoire : le docteur Mélina Fatseas, Hortense Hurmic, Romain Debrabant et Fuschia Serre.


Lors de la Nuit des chercheurs, vous avez créé un test des réactions involontaires ou inconscientes engendrées par l’addiction. Pouvez-vous le décrire ?

Nous voulions montrer un exemple d’une étude expérimentale : chez les personnes qui souffrent d’une addiction il y a des stimuli associés à l’usage d’une substance. Ils vont déclencher des réponses particulières chez l’individu qui ne se produisent pas pour des sujets non dépendants.
Nous savons que si la personne voit des images liées aux substances, cela va donc créé des réponses physiologiques précises, objectives ou subjectives. Par exemple pour un héroïnomane, cela va être une seringue, pour l’alcool un verre ou une bouteille…
Notre test a été associé au tabac : nous diffusions une image de paquet de cigarette, d’un briquet, d’un cendrier, d’une main avec une cigarette… avec des images neutres de paysage pour effectuer des comparaisons.
Pour cette expérience, nous avons effectué des mesures objectives : rythme cardiaque ou résistance cutanée reflétant une réactivité électrophysiologique (réaction du système nerveux autonome) qui varient en fonction d’un stress ou d’une émotion. Nous avons aussi fait remplir un questionnaire d’abord face aux stimuli neutres puis faces aux stimuli tabac liés au produit sur des mesures subjectives sur l’envie de consommer, leur bien-être, leur niveau d’anxiété et aussi dans quelle mesure ils consommeraient la substance si elle était disponible.

Quels sont les résultats que vous avez analysez suite à ce test ?

Pendant la soirée, nous avons eu neuf personnes dans le groupe tabac et huit personnes en groupe contrôle. Finalement pour réaliser des analyses statistiques, ce n’est pas suffisant mais on a quand même observé des tendances particulières avec une variabilité selon les individus. On voit sur les graphiques que le groupe tabac a eu une augmentation de la fréquence cardiaque plus importante que le groupe contrôle. Mais aussi une augmentation de l'anxiété et de l’envie de consommer avec une diminution de bien-être.

Habituellement les chercheurs réalisent ce type de test en laboratoire, pourquoi le faire auprès du grand public dans le cadre d’un événement ?
Nous voulons expliquer aux personnes comment on participe à une recherche expérimentale. Et la réactivité démontrée peut être un facteur prédictif de rechute. En laboratoire, les patients qui réagissent le plus sont les plus à risque de rechuter dans les mois suivants. C’est un marqueur qui peut aider les personnes qui traitent l’addiction pour savoir quelles sont les personnes à risque.

Au niveau scientifique, ce qui est intéressant avec ce test c’est de toucher une autre population que l’on a habituellement. Là ce ne sont pas des personnes qui sont des patients en demande de prise en charge ou en contact avec le système de soin. On a accès à une population beaucoup moins étudiée.
Il est aussi important pour Sanpsy d’aller au devant des publics, c’est un rôle d’information que nous développons car cela permet de montrer que la recherche clinique peut avoir des implications directes sur la vie des gens et peut être utile pour la prévention et le repérage de tout type d’addiction.

Alexandre Marsat

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