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Comment sont fabriquées les tuiles de Gironde ?

Comment sont fabriquées les tuiles de Gironde ?

FLÂNEUR DES SCIENCES

Ce sont des métiers qui sont plutôt dans le top 10 sur « l’échelle Jean-Pierre Pernaut » des métiers qui disparaissent. En Gironde, les artisans de la terre cuite étaient plus de 500 voilà soixante-dix ans. Ils ne sont désormais plus que huit. Si l’on ajoute deux producteurs semi-industriels en Charente, on a déjà une dizaine d’entreprises sur la soixantaine en France qui résistent aux trois multinationales du secteur. Et comme pour le vin, la qualité de cette petite production de terroir dépend fortement de la terre qu’elle exploite. Car la terre cuite, c’est de l’argile, et il en existe une grande variété selon la quantité d’oxyde de fer qu’elle contient, qui change sa couleur à l’état naturel et après cuisson. Mais cette roche sédimentaire détritique, issue de l’érosion du feldspath, la roche la plus répandue sur Terre, a toujours la même caractéristique : elle est smectique, c’est-à-dire qu’elle a un grand pouvoir d’absorption de l’eau, ce qui la rend très malléable.

 

Moules arrondis

 


La première étape après l’extraction, qui se fait toujours en été pour avoir une argile moins grasse, est de la mettre en  tas pour la faire « pourrir » pendant un an : sous l’effet des intempéries, surtout du gel, elle se désagrège pour devenir un peu homogène. On la remet à sécher, on la broie puis on la trempe une nuit dans un bassin. Cette boue passe ensuite entre deux cylindres lisses qui finissent d’écraser les grumeaux et elle a alors la consistance d’une motte de beurre.

Là, selon que l’on veut en faire des tuiles de Gironde (tuiles légèrement moins bombées que les tuiles canal classiques) ou des carreaux (de Gironde toujours), on la dispose sur des moules arrondis pour les tuiles, carrés dans l’autre cas. Mais dans les deux cas, le temps de séchage est primordial : il doit être suffisamment long pour que l’objet ne craquèle pas. Car une fois sèche, l’argile n’en est plus puisqu’elle n’est plus smectique : elle n’absorbe plus d’eau (pour un toit, c’est quand même mieux) et surtout, elle n’est plus plastique et risque de se fissurer. Car l’eau qui la compose n’est pas présente sous forme liquide mais fait partie de la composition chimique de l’argile elle-même. Et l’eau disparue n’est pas remplacée : la terre se rétracte d’environ 10 %. Une fois suffisamment séchée naturellement, la brique (ou le carreau) est placée sur un tapis roulant qui la conduit dans un four-tunnel où elle reste entre quarante et soixante heures et qui l’amène progressivement, à mesure qu’elle avance à l’intérieur, à 1 040 degrés puis à température ambiante. En tout, entre l’extraction de l’argile et la fin de sa cuisson, il se sera écoulé plus d’un an. Il y a d’autres tuiles qui mettent moins de temps à arriver…

 

Chronique réalisée en collaboration avec le Mag de Sud Ouest.
http://www.sudouest.fr/lemag/

 

Photo credit: billiej0e via photopin cc