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Le musée du site l'Abri Cro-Magnon combat les idées reçues

Aux Eyzies (Dordogne), le lieu de découverte des premiers squelettes de l’Homme moderne a été transformé en musée après un an de travaux. Un parcours de visite, au sein du petit musée et d’une balade sur les flancs de la colline où s’encastre l’abri redonne vie à ce lieu classé au patrimoine mondial de l’Unesco et balaye les stéréotypes.

Les préhistoriens Estelle Bougard (au centre) et Gilles Delluc (à gauche) ont participé à la conception du musée de site l'Abri Cro-Magnon dont Jean-Max Touron est le propriétaire (à gauche).

Non, l'homme de Cro-Magnon n'est pas le benêt en tenue rudimentaire, armé d’une hache de pierre et vivant dans des cavernes qu'on a souvent dépeint ! Venir à bout des idées reçues, souvent tenaces, qu'a le grand public sur l'homme de Cro-Magnon, tel est l'objectif de l'« Abri Cro-Magnon » (« Cro » signifiant "creux" ou "trou" en occitan), qui a ouvert ses portes aux Eyzies-de-Tayac-Sireuil (Dordogne) le 26 avril dernier.
C'est là, dans un abri-sous-roche, que le préhistorien français Louis Lartet découvrit en 1868 cinq squelettes d’Homo sapiens. Il s’agissait de la première sépulture d’Homme moderne fossile exhumée. Avancée scientifique majeure, cette découverte retentissante eut des répercussions internationales, permit le développement de l’archéologie moderne et transforma les Eyzies en épicentre international de la Préhistoire !

Ironie du sort, l’Abri fut cependant délaissé durant près de 150 ans... jusqu’à son rachat (à sept propriétaires différents !) en 2010 par Jean-Max Touron, un entrepreneur passionné de patrimoine, qui gère sept sites scientifiques et culturels en Dordogne et notamment celui troglodytique très fréquenté de La Roque Saint-Christophe (180 000 visiteurs par an).

 

Une mise en scène pour faire revivre le lieu

 

« La sépulture contenait des parures, des coquillages percés, des objets en ivoire, le tout recouvert d’ocre », décrit Estelle Bougard, conseillère scientifique du projet Cro-Magnon. « Mais les collections ont été éparpillées aux quatre coins du monde. Du coup, nous avons réfléchi à une mise en scène pour faire revivre ce lieu où il ne restait pas grand-chose à voir, mais où il y avait beaucoup à raconter ! Le but est de mieux faire connaître la vie de nos ancêtres et de briser les stéréotypes », souligne la préhistorienne rattachée à l’Institut de paléontologie humaine (IPH), un département du Museum national d’histoire naturelle de Paris.

Au sein du musée, de nombreux dispositifs interactifs sont proposés afin de permettre au public d’interagir de manière ludique avec nos ancêtres et de faire connaître l’importance de la découverte : une vitrine tactile associée à des crânes ; un film hologramme -semblant sortir de l’écran- reconstituant la vie quotidienne des Cro-Magnons ; des tablettes tactiles ; des personnages préhistoriques animés…

 

 

Cro-Magnon savait peindre, jouer de la musique et même parler

 

A quoi Cro-Magnon pouvait-il ressembler alors ? Gilles Delluc, préhistorien, anthropologue rattaché à l’IPH et périgourdin, nous répond : « Il était plus grand que nous puisqu’il mesurait entre 1,75 et 1,80 m en moyenne, son cerveau et son intelligence étaient analogues aux nôtres. Cro-Magnon savait coudre, peindre, jouer de la musique et parfaitement parler, il avait des relations sociales et des rites funéraires… Rien à voir avec le Tarzan du grand désert glacé, le « paléoclochard » ou l’homme des cavernes que l’on se représente ! », raconte le spécialiste de l’art paléolithique en Dordogne et de la célèbre grotte de Lascaux.

 

Promenade dédiée à la faune de l'époque et réalité augmentée

 

Après le musée, la visite se poursuit à l’extérieur avec la présentation de l’abri de nos ancêtres (près de 40 m de ligne de falaise dégagée), assorti d’une maquette montrant ce à quoi il a pu ressembler au moment de sa découverte. Puis, la visite s’achève par un parcours nature sur le flanc de la falaise. Le chemin est dédié à la faune au temps de Cro-Magnon : il est sonorisé avec des bruits d’animaux préhistoriques associés à des panneaux. Il est jalonné de points de vue qui dominent le village des Eyzies et la vallée de la Vézère. L’un des belvédères donne aux visiteurs l’illusion d’observer via un télescope et en réalité augmentée les hommes préhistoriques sur la falaise d’en face. On y voit une famille de Cro-Magnon s’activer comme s’ils étaient réels.

De quoi divertir les Eyzicois et les nombreux touristes français et étrangers qui visitent les multiples sites de la Dordogne.

 

LE SAVIEZ-VOUS?
Quand est apparu l’Homme moderne ?
L’homme préhistorique du Paléolithique supérieur est apparu en Europe il y a 35 000 ans B.P. (pour « before present »*). Le "type" Homme de Cro-Magnon correspondrait, lui, surtout aux populations du début du Paléolithique supérieur (de -35 000 à -20 000 ans B.P. environ). Il semble en effet y avoir un changement dans les types physiques par la suite. Quant au site de Cro-Magnon, il a été occupé de -32 000 à -28 000 B.P.

* Before Present : système de datation pour lequel l'année zéro est l'année 1950. Exemple : 35 000 ans avant B.P. (soit 33 000 avant J.-C.)

Pour en savoir plus :
www.abri-cromagnon.com
Tél. : 05 53 13 58 54
Ouvert 7/7 jours de 10h à 18h

Florence Heimburger

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