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Qu’est devenu ce poisson de 300 kilos ?

esturgeon ascipenser sturio

FLÂNEUR DES SCIENCES

Un poisson aussi long que les barques que l’on peut apercevoir dans l’estuaire de la Gironde : l’image a tout du monstre du Loch Ness. Et pourtant, ledit poisson, qui peut atteindre 300 kilos pour 3 mètres de long, est bel et bien inoffensif. Ce n’est ni plus ni moins qu’un esturgeon européen (Acipenser sturio). Mieux, il fut durant de nombreuses décennies un poisson mythique de la Garonne et de la Dordogne. Les pêcheurs en remontaient très régulièrement et se faisaient photographier avec les plus belles prises.

Assez méconnu de nos jours – il faut dire qu’il a presque disparu de nos rivières et de nos côtes –, il fut un temps très prisé, car pêché pour sa chair, réputée fine et sans arêtes, puis pour son caviar à partir des années 1920.

Ses mensurations impressionnantes font de lui le plus grand poisson migrateur d’Europe de l’Ouest. Considéré comme étant en danger, il est protégé depuis 1982 en France, la dernière reproduction d’esturgeons ayant été constatée en 1994. Pour enrayer sa disparition, l’Irstea (1) travaille depuis plus de vingt ans à la production d’alevins. Grâce à la capture accidentelle de deux géniteurs mâle et femelle par des pêcheurs, les chercheurs de la station expérimentale de Saint-Seurin-surl’Isle, en Dordogne, ont réussi à mettre au point une reproduction assistée sans cesse améliorée. Depuis 2007, ils procèdent à l’alevinage de plusieurs centaines de milliers d’esturgeons.

 

Plus de dix ans pour se reproduire

Les larves d’esturgeon sont déjà longues de 1 centimètre à leur éclosion et dessinent la physionomie du poisson avec précision. Son museau pointu est très caractéristique. Des barbillons sensitifs précèdent une bouche ventrale qui lui permettra de fouiller les fonds à la recherche de vers et de petits crustacés. Il faut dix à douze ans aux juvéniles mâles et treize à quinze ans aux femelles pour devenir sexuellement matures, et donc se reproduire. Un cycle très lent, qui rend difficile la restauration de l’espèce.

Les alevins restent quelques mois dans la rivière de leur naissance avant de remonter vers l’estuaire. Devenus matures, ils commencent leur migration en remontant vers l’Europe du Nord. Puis, à partir d’avril, femelles et mâles redescendent dans l’estuaire pour aller frayer, en amont, dans les eaux les plus douces de la Garonne et de la Dordogne.

Pour les alevins lâchés en 2007, la reproduction n’aura pas lieu avant 2020. Encore un peu de patience et d’attention, et ces poissons de 300 kilos pourraient redevenir mythiques dans nos rivières.

(1) Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture.

 

Chronique réalisée en collaboration avec le Mag de Sud Ouest.
http://www.sudouest.fr/lemag/

 

Photo : Alexandre Marsat

 

Alexandre Marsat

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