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La Garonne, française ou espagnole ?

Dans le Val d’Aran, résurgence de la rivière après qu’elle s’est engouffrée au trou du Toro.

FLÂNEUR DES SCIENCES

Outre quelques guerres, l’établissement d’une frontière pose des problèmes, quand bien même les États sont d’accord sur le fond. Parce que si les géographes font des Pyrénées une frontière naturelle, pour les Pyrénéens, la chaîne était une vraie passoire et les habitants des vallées ont longtemps eu plus de contacts avec ceux « de l’autre côté » qu’avec ceux des vallées voisines. De fait, pendant des siècles, entre les deux royaumes, les litiges frontaliers étaient fréquents.

C’est en 1659 que Louis XIV et Philippe IV signent le traité des Pyrénées qui met fin à ce flou général. Le principe du tracé est simple : il doit suivre la ligne de partage des eaux. Les sources des rivières qui coulent vers le nord reviennent à la France et inversement. Sauf qu’à l’époque, la topographie des lieux est encore largement inconnue et l’on se retrouve avec de nombreuses anomalies en ayant voulu suivre la ligne de crête pour simplifier.

L’une est volontaire : l’île des Faisans sur la Bidassoa est en plein milieu de la frontière.Sa souveraineté est donc en garde alternée : six mois pour chaque pays, représenté par un « vice-roi » de l’île. Pierre Loti fut l’un d’eux. Le statut du sud de la vallée des Aldudes (64), le Pays Quint, est indéfini : il appartient officiellement à l’Espagne mais c’est la France qui le gère. Aujourd’hui encore, EDF fournit l’électricité et la Guardia civil assure la sécurité.

 

Source plurielle

Mais le bornage ordonné par Napoléon III (sa femme était Espagnole, ça aide pour la paix des ménages) pour mettre fin à toute contestation et matérialisé par 602 bornes posées dans des conditions parfois héroïques, ne réparera pas la plus grosse bourde du traité : la Garonne prend sa source en Espagne, du côté du val d’Aran.

La question géographique est épineuse diplomatiquement, d’autant que les Aranais parlent un dialecte plus proche de l’occitan que du castillan et où le terme « Garona » est un nom commun désignant… un cours d’eau. Il faudra attendre 1931 pour avoir une certitude : Norbert Casteret, pionnier de la spéléologie, verse 60 kilos de fluorescéine dans le trou du Toro, un gouffre situé au-dessus du Val, à quelques centaines de mètres d’une autre source qui, elle, part se jeter dans la Méditerranée. Le liquide réapparaît 4 kilomètres plus loin, côté Atlantique : la source est identifiée.

Malgré tout, elle ne réunit pas toutes les qualités géographiques qui constituent une source « officielle » : la naissance la plus lointaine de l’embouchure, depuis la plus haute altitude, et avec le débit le plus important. Car d’autres petits ruisseaux constituant la Garonne naissante peuvent aussi prétendre à l’une de ces caractéristiques. Il faut donc admettre que la source de la Garonne est plurielle même si elle est clairement en Espagne.

 

Chronique réalisée en collaboration avec le Mag de Sud Ouest.
http://www.sudouest.fr/lemag/