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Quelles sont ces tours qui longent la Garonne ?

Quelles sont ces tours qui longent la Garonne ?

FLÂNEUR DES SCIENCES

Sur les hauteurs qui longent la Garonne, partout où la vue porte loin, trônent de petites tours, le plus souvent rondes. La plupart du temps, on ne voit là que les restes de vieux moulins.
Mais on a tort : elles sont les témoins de la première grande aventure des télécommunications, le télégraphe Chappe. Ce télégraphe visuel, d’abord appelé tachygraphe, fut le nec plus ultra de la communication avant d’être ringardisé par le télégraphe électrique. Sur les tours qui veillent encore, manque aujourd’hui la partie essentielle : un mât de 7 mètres de haut sur lequel s’accroche horizontalement un bras de 4,6 m d’envergure portant deux plaques de 2 mètres à ses extrémités.
Le bras et les plaques sont mobiles et permettent d’échanger 98 signaux différents en fonction de leurs mouvements, soit un dictionnaire codé de 8 500 mots environ. Dans chaque bâtiment, distant d’environ une quinzaine de kilomètres les uns des autres, résident deux « stationnaires » qui se relaient pour observer à la longue-vue les signaux des deux tours les plus proches et les retransmettre aux suivantes. Des directeurs, disséminés aux points essentiels du réseau, décodent les messages.

Construites au XVIIIe siècle

C’est pendant la Révolution que Claude Chappe met au point son système. Et la guerre en précipite la mise en place : les armées européennes menacent le nord de la France, et l’on construit dare-dare la première ligne, de Paris à Lille, en 1794.
Le premier message transmis sera celui annonçant la prise du Quesnoy. Les lignes s’étendront en fonction des conflits, donc essentiellement vers le nord et l’est : en 1799, alors qu’il fallait quatre jours en diligence pour faire parvenir une nouvelle entre Strasbourg et Paris, il ne faut plus que deux heures grâce au télégraphe Chappe. On attendra 1822 pour voir une ligne Paris-Bayonne intéresser la région, à l’occasion du soulèvement espagnol où la France est engagée.
Puis 1832 pour un embranchement vers Blaye, afin de surveiller la détention de la duchesse de Berry, experte en complots, toujours brouillons mais embêtants pour le pouvoir. Et enfin 1834 pour une liaison Avignon-Bordeaux servant à délester la ligne du couloir rhodanien saturée par les dépêches venant d’Algérie que la France est en train de coloniser.
Le système sera supplanté par le télégraphe électrique en 1844. Aujourd’hui, il ne reste en France que 12 stations (sur 534) encore entièrement équipées de leur système de transmission, dont une à Gradignan, près de Bordeaux.
Les autres ont été détruites ou servent parfois, du fait de leur situation élevée, de relais de téléphonie.

Chronique réalisée en collaboration avec le Mag de Sud Ouest.
http://www.sudouest.fr/lemag/

Crédit photo : Spiterman via photopin cc