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Pourquoi ces grilles sur les plages landaises ?

A Biscarrosse, une partie de la plage est interdite d’accès. Le CELM y effectue des essais de missiles.

FLÂNEUR DES SCIENCES

Muette et têtue. C’est comme ça que l’on pourrait résumer l’Armée française. Têtue en plus de traditionnellement muette puisque ce sont les mêmes raisons qui conduisirent Napoléon à vouloir lotir les Landes pour donner des terres à ses grognards retraités et le général de Gaulle à vouloir y implanter un centre d’essais de missiles : chouette, y a personne ! Ou pas assez pour susciter un mouvement de protestation d’ampleur.
Et puis l’air marin aurait été bon pour les retraités de Napoléon et c’est cette même façade océanique qui intéressait l’armée de la Ve République. C’est pour cela qu’il est désormais  impossible de randonner de la plage d’Arcachon au Pays basque : de Biscarrosse à Mimizan, sur 25 kilomètres de long et 15 000 hectares de superficie, des grilles empêchent les curieux de venir fourrer leur nez sur un missile ou le contraire...
Lorsqu’elle apprend que son centre d’essais du Sahara devra être évacué en 1967, l’Armée cherche et trouve une solution de rechange : en juillet 1962, le premier ministre Pierre Messmer signe l’acte de création du CEL (Centre d’essais des Landes). Il changera plusieurs fois de nom pour être aujourd’hui DGA EM (Délégation générale à l’armement-Essais de missiles), dont le centre de Biscarrosse est complété par un centre à Saint-Médard-en-Jalles, en banlieue bordelaise, et un autre dans les environs de Toulon.

Unique en Europe

Ce que l’on fait sur le site de Biscarrosse dès 1964, ce sont les essais en situation réelle de missiles que, dans le poétique langage militaire, on appelle SSBS (sol-sol balistique stratégique) et MSBS (mer-sol balistique stratégique). En traduction : le SSBS est tiré de terre vers un objectif terrestre (sol-sol), une partie de sa trajectoire est confiée aux bons soins de la loi de la gravitation (balistique), et il est à longue portée (stratégique). En gros, ce sont des fusées. D’où l’intérêt de la façade océanique puisqu’on peut ainsi avoir une portée théorique jusqu’au large des côtes américaines. En 1966, un centre est créé à Florès (Açores) pour suivre la trajectoire des engins.
Il est fermé depuis, mais à Hourtin et Quimper, on surveille et mesure ces essais uniques en Europe : DGA EM Site Landes est le seul centre d’essais de missiles balistiques du continent dont le but est tout à la fois de développer de nouveaux engins, de les tester et d’entraîner l’armée (pas seulement française) à se servir des missiles.
Au total, près de 10 000 essais auraient été effectués depuis cinquante ans.

Chronique réalisée en collaboration avec le Mag de Sud Ouest.
http://www.sudouest.fr/lemag/

Crédit photo : Pierre Baudier