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Bordeaux : dans le ventre du pont de Pierre

L’incontournable pont de Pierre de Bordeaux s’étale sur toutes les cartes postales comme symbole de la ville, monument historique auréolé d’une large littérature, ce pont réserve encore des surprises.

Bordeaux : dans le ventre du pont de Pierre

Il nous ouvre sa mystérieuse porte dans la culée de sa rive gauche. Un petit escalier à grimper et nous voici dans l’antre du pont de Pierre. Des coursives débouchent sur de véritables « chambres », un vrai labyrinthe de galeries qui permet 500 mètres plus loin de rejoindre, en baissant la tête, l’autre rive. Ambiance cave bordelaise ou entrepôts Lainé entre mélange de pierres et de briques rouges. Chaque pile du pont, seize au total, abrite ainsi de véritables salles, entrecroisant les voûtes en arcs brisés sur des plans en X et en Y. Des tirants métalliques d’origine confortent les poussées des voûtes. Très rares sont les ponts en maçonnerie évidés de l’intérieur.

Un lit de Garonne vaseux de 20 mètres de profondeur. Ce fut sans doute le génie du concepteur du pont de Pierre, Claude Deschamps. Confronté à un fleuve particulièrement large, soumis ̀ des marées et à de forts courants, un lit de Garonne vaseux jusqu’à plus de 20 mètres de profondeur, l’inspecteur des Ponts et Chaussées n’eut d’autres choix que d’alléger au maximum l’ouvrage. En diminuant les efforts sur les fondations, il réduisit le nombre de piles qui trop nombreuses auraient constitué un vrai barrage sur le fleuve. Il réussit ainsi à construire le premier pont à Bordeaux sur la Garonne et l’un des plus longs de France à l’époque de sa construction de 1810 à 1822, vainquant la frilosité des Bordelais qui craignaient qu’un pont ne signe l’arrêt de mort du trafic maritime.

Le long des coursives, courent également de larges conduites et multitubulaires faisant transiter, entre deux rives, eau, fils des Telecom et du tramway. Le ventre du pont sacré abrite enfin divers instruments high-tech pour mieux prendre le pouls de cet ouvrage de presque 200 ans : 18 capteurs de déplacement pour suivre le tassement vertical de tous les appuis, 18 inclinomètres et supports de nivelles mécaniques pour surveiller la rotation transversale et longitudinale de tous les appuis, 20 points de mesure des fissures... Une machinerie indispensable pour ce pont qui monte et qui descend, tel un radeau, soumis à des variations de 5 mètres de hauteur à chaque marée.

 

L’intérieur du pont de Pierre, premier ouvrage d’art construit à Bordeaux, abrite une étonnante galerie de coursives et de chambres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une forêt de pieux. Pour assurer la stabilité du pont de Pierre, plus de 250 pieux, troncs de sapins et de pins, ont été disposés sous chaque pile. Les 4000 ouvriers qui participaient à l’aventure de cette construction devaient manier manuellement la sonnette, une masse tenue par une poulie qu’on levait le plus haut possible avant de la faire retomber sur le pieu. Un quadrillage de bois a également été utilisé pour positionner avec une extrême précision ces milliers de pieux. Malgré cet exploit, ces pieux, longs d’une quinzaine de mètres, n’atteignent pas la marne, soit le sol dur. Résultat, le pont se tasse. Depuis sa construction, il s’est affaissé de plusieurs décimètres. Le mouvement de vagues de son tablier témoigne, d’ailleurs à vue d’œil, de ces tassements différentiels. Dans les années 1990 et 2000, des micro-pieux métalliques ont été rajoutés à 30 mètres de profondeur sur certaines piles et l’enrochement autour des piles a été conforté, deux fosses de 20 mètres de profondeur se creusant en amont et en aval du pont. Malgré les performances des outils actuels de forage, de battage et de levage et les moyens de sondage géotechniques, les fondations d’un pont restent toujours la zone d’imprévus.

Le pont de Pierre est le premier pont construit à Bordeaux en 1822.