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Pourquoi la pibale vit-elle dans le noir ?

Pourquoi la pibale vit-elle dans le noir ?

FLÂNEUR DES SCIENCES

Dans la lointaine mer des Sargasses, au nord-est des Antilles, les larves d’anguilles, grouillent dans l’obscurité des fonds.
Point de départ de leur première migration, ces leptocéphales (pour feuille de saule) quittent cette partie méconnue du globe, au gré du Gulf Stream, pour rejoindre les côtes européennes ou nord-africaines.
Arrivées sur le talus continental, elles subissent leur première transformation et prennent l’aspect que les pêcheurs et gourmands de notre région connaissent bien : la pibale (ou civelle).
À l’embouchure des estuaires, les derniers pêcheurs professionnels qui peuvent capturer ce poisson, dont la population s’effondre depuis une vingtaine d’années, savent bien que la pibale préfère la nuit pour remonter les cours d’eau, d’octobre à mars.
Depuis leur éclosion, les futures anguilles sont attirées par l’obscurité.
Tout au long des 6 000 kilomètres de leur migration, elles se laissent porter la nuit dans l’océan à seulement 20 mètres de profondeur, avant de redescendre à 200-300 mètres la journée, pour demeurer loin de la lumière.

Redoutable carnassier

Ce mode de vie ne s’observe pas uniquement lors des phases de migration. Arrivées dans nos rivières ou étangs, les pibales devenues anguilles jaunes continueront de passer la journée à l’ombre, cachées dans la vase ou les roches.
Si ce poisson, qui peut dévorer jusqu’à un quart de son poids par jour, se plaît loin de la lumière, c’est qu’il compte sur son excellente olfaction : il dispose en effet de l’un des odorats les plus puissants, grâce à ses deux paires de narines, qui lui permettent de détecter, de suivre et de capturer ses proies.
De même, son iris très efficace rend sa vue sensible à la lumière idéale pour voir dans les fonds. Dans l’obscurité, ces deux sens donnent un avantage considérable à ce redoutable carnassier sur les nombreuses proies dont il fait son repas.
Son ultime métamorphose d’anguille jaune en anguille argentée sonne le retour vers les Sargasses, où la femelle déposera plus d’un million d’oeufs.
L’anguille s’adapte alors à une dernière vie loin de la lumière en acquérant les caractéristiques propres aux espèces des grandes profondeurs. Les 6 000 kilomètres retour seront réalisés en puisant l’énergie dans les réserves de graisse constituées depuis l’obscurité de sa vie en eau douce.

Chronique réalisée en collaboration avec le Mag de Sud Ouest.
http://www.sudouest.fr/lemag/

Crédit photo : Pierre Baudier

Alexandre Marsat

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