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Rugby : pourquoi la mêlée s’effondre-t-elle ?

Rugby : pourquoi la mêlée s’effondre-t-elle ?

FLÂNEUR DES SCIENCES

C’est toujours la même chose : on obtient une mêlée à quelques mètres de l’en-but, à la 79eminute. La victoire est à portée jusqu’à… ce que cette masse s’effondre comme un soufflé qui a trop attendu ses invités. À part la perfidie proverbiale des Anglais, qu’est-ce qui peut bien être responsable de cet effondrement ? Julien Piscione, responsable de la recherche à la Fédération française de rugby, s’est penché sur le problème grâce à un simulateur de mêlée construit avec l’entreprise Thales.
Et il a noté deux temps dans une mêlée : l’impact, où les forces développées sont comprises entre 1,5 et 2 tonnes, et la poussée, où la force est de 1 tonne.
Entre les deux, une phase de transition très courte où les 16 joueurs doivent s’adapter très rapidement pour passer d’un mouvement balistique, où l’équilibre est maintenu par l’avancée du pack, à une phase de stabilisation, où c’est la poussée qui tient les packs debout.
C’est lors de ce léger flottement que l’effondrement se produit la plupart du temps.
Et pour cause : lorsqu’on bouge, on doit synchroniser 600 muscles pour ne pas perdre l’équilibre, soit 9 600 muscles pour les deux packs réunis.
Pour y parvenir, surtout lorsque l’on n’est pas dans une position naturelle comme dans ce cas précis, on fait appel à ses capteurs sensoriels que sont l’oreille interne et, surtout, la vue. Or, en mêlée, la vue ne sert plus à rien. Bref, le maintien de l’équilibre est une mécanique de précision plus rapide et plus fine qu’une montre suisse. On est loin de l’aspect pachydermique apparent.
D’autant que ce n’est pas tout : une fois engagée, la mêlée doit se maintenir et elle utilise pour cela les mêmes ressorts que l’architecture romane (d’où les « piliers »… il n’y a pas de hasard).
L’angle de poussée, entre 10 et 15 degrés, soit légèrement vers le haut, permet de garder ces quelques quintaux de muscles dans leur forme réglementaire.
À moins, c’est l’effondrement. Autant dire que, loin d’une simple épreuve de force, le jeu d’action-réaction et la capacité, individuelle et collective, à s’y adapter, constituent l’essentiel du succès. Un chercheur canadien a démontré que la force de poussée du pack correspond entre 50 et 75 % à la somme des poussées individuelles. La différence, c’est de la technique. De la mécanique de précision. Lorsque les Suisses vont se mettre au rugby, ça va faire mal enmêlée…

Chronique réalisée en collaboration avec le Mag de Sud Ouest.
http://www.sudouest.fr/lemag/

Crédit photo : darkmatter via photopin cc