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« Nous apportons des réponses à des problèmes scientifiques »

Que vivent les archéologues au quotidien ? En quoi consiste leur travail ? Entretien avec Géraldine Rigaud, docteur en préhistoire et Michel Lenoir, archéologue.

« Notre rôle est d’apporter des réponses à des problèmes scientifiques »

Article réalisé dans le cadre de "Sciences en collèges". Interview réalisée par Mathilde Bertin, Anna Cassier et Nicolas Six, élèves de 3°A.

« Notre rôle est d’apporter des réponses à des problèmes scientifiques »Pourquoi et comment avez-vous eu l’idée de faire ce métier ?

Michel Lenoir : Ma vocation est partie d’une plaisanterie faite par un ami de ma famille, qui avait taillé un outil trouvé en Périgord, un galet comme en fabriquaient les australopithèques. Je m’y suis intéressé. J’avais douze ans.

Géraldine Rigaud : Au départ, après le baccalauréat, je voulais être professeur, mais en faisant ma maîtrise en « anthropologie et préhistoire », j’ai tellement accroché que j’ai poursuivi jusqu’à la thèse.

 

Quelles études faut-il faire pour être archéologue ?

RG : Nous, nous sommes des préhistoriens. Pour cela, généralement, il faut passer un bac scientifique, puis aller à l’université de sciences où la licence se passe en trois ans, le master en 5 ans et le doctorat correspond à 8 ans d’études. Nous avons donc fait 8 ans d’études, voire plus car la thèse peut prendre plus de trois ans. Si la personne veut faire de l’animation scientifique, une licence ou un master suffit.

 

En quoi consiste votre métier ?

ML : Notre rôle est d’apporter des réponses à des problèmes scientifiques. Auparavant, ces questions portaient surtout sur un territoire, des régions. Désormais, avec le développement des techniques, notamment informatiques, les préhistoriens sont de plus en plus spécialisés. On trouve des archéologues qui travaillent sur le terrain en faisant des fouilles, d’autres en laboratoire pour étudier par exemple des outils issus de fouille. Il y a deux types de fouille : les fouilles de sauvetage lorsque les recherches s’imposent dans l’urgence si par exemple, une route doit être construite à cet endroit et les fouilles organisées sur le long terme.
Suite à ces recherches, l’archéologue fournit un rapport détaillé et produit alors des articles et des publications sur les résultats de ses recherches. Son travail consiste aussi à encadrer et former de jeunes étudiants. Il y a aussi des chercheurs qui travaillent dans les musées.

GR : L’archéologue recueille des données, des photos, des objets… Il va sur le terrain surtout l’été puis, l’hiver, il analyse ensuite en laboratoire ces données. Outre les publications de ces recherches dans les revues spécialisées, l’archéologue participe aussi à des colloques et des rencontres.
Personnellement, pour mon sujet de thèse, j’ai étudié un site en Dordogne. Mais, j’ai surtout fait au sein de l’association « Terre et Océan » de la médiation scientifique, ce qui consiste à créer un lien entre le monde scientifique et le grand public en donnant des conférences pour des adultes, en menant des ateliers et des sorties sur le terrain pour un public plus jeune.

 

« Notre rôle est d’apporter des réponses à des problèmes scientifiques »Êtes-vous amenés à vous déplacer ? Où ?

ML : Moi, j’ai fait des fouilles en Russie, aux Etats-Unis, en Belgique, mais plus spécialement en Aquitaine, sur la Gironde et le Périgord.

GR : Le travail sur le terrain peut se faire dans plusieurs milieux, par exemple, la vallée de la Leyre, l’Afrique, en milieu sous-marin... Ce métier m’a aussi amené à voyager pour des colloques aux Etats-Unis.

 

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce métier ?

ML : Nous avons une grande liberté horaire et d’organisation, ce qui est agréable, mais peut être au final parfois chronophage. Le temps de travail ne se limite pas au temps indiqué sur le bulletin de salaire. C’est beaucoup plus, cela peut envahir votre vie privée. Au delà de cet aspect, il y a évidemment le plaisir de la découverte et d’apporter de la connaissance aux autres. En revanche, on est confronté à une certaine compétition entre chercheurs. Personnellement, ce que j’ai le plus apprécié, c’est d’être, lors des fouilles, en contact avec des gens très différents, chacun m’apportant à sa façon. J’aime aussi être dans la nature, au contact des animaux.  Enfin, j’aime transmettre aux autres. Certains chercheurs, eux, ne le font pas. C’est important pourtant de ne pas garder nos savoirs pour nous seuls.

GR : Ce que j’ai aimé dans la médiation scientifique, c‘est également un sentiment de liberté de fonctionnement et d‘action comme en peut en trouver dans le milieu associatif. Sans compter la diversité des actions que l’on pouvait mener. Mais j’ai décidé d’en partir, pour d’une part me renouveler mais aussi car ce type d’emploi est moins stable et moins bien payé. Lorsqu’on a fait 8 ans d’étude, on aspire à avoir un salaire correct.

 

Quelle est votre plus grande découverte ?

ML : Un crâne très ancien, des objets d’art, … mais, ce qui compte, c’est l’ensemble de toutes mes recherches au cours de ma carrière. Il y a les grandes découvertes et les trouvailles. Ce qui est important, c’est d’arriver à replacer l’objet dans son contexte. Trouver un objet sur le terrain, n’importe qui peut le faire ! De même, on peut aussi découvrir un objet banal, mais suivant le contexte, cela peut remettre des hypothèses en question. Par exemple, les Cro-Magnon avaient des outils plus élaborés que les hommes de Neandertal. Mais si on découvrait un des ces outils élaborés sur un site de Neandertal, cela pourrait remettre en cause tout ce que l’on pensait de Neandertal. C’est, en fait, ça que j’aurais aimé trouver.

 

Quelles sont les découvertes les plus courantes ?

ML et GR : Notre travail, c’est en quelque sorte de fouiller les poubelles préhistoriques, dans lesquelles on trouve des éclats de taille de silex, des fragments d’os, des restes humains ou d’animaux, des dents ou par chance des objets de mobilier.

 

Quel a été votre chantier de fouille le plus enrichissant ?

ML et GR : Tout dépend de ce qu’on y découvre, la façon dont on travaille, de l’ambiance entre les chercheurs.

 

Est-ce un travail difficile ?

ML : Physiquement, cela peut être fatigant de casser par exemple de grosses pierres en plein soleil, de respirer la poussière... Mais cette fatigue est compensée par l’intérêt de mener ces recherches.

GR : La compétition entre chercheurs aussi est assez difficile à vivre.

 

Quel est le matériel que vous utilisez sur les chantiers de fouille ?

ML : S’il faut enlever des déblais, nous utilisons une pelle mécanique ou la balayette suivant l’épaisseur de la couche.

GR : On dispose aussi désormais d’outils informatiques perfectionnés tels des logiciels de modélisation très pointus ou de calcul de statistiques.

 

Avez-vous une tenue spéciale ?

ML : On doit porter un gilet fluo et un casque. Il faut se protéger des piqûres d’insectes, des chutes de pierre... Il y un minimum de règles à respecter. Moi, personnellement, j’aime bien prendre des risques, je rêve de mourir sur un chantier, mais en revanche, je suis vigilant sur la sécurité des autres.

 

Avez-vous fait du latin ?

ML : Oui, le latin est très utile en archéologie pour comprendre des termes, retrouver certains racines de mots, et il enseigne une forme d’esprit pour mieux écrire.

GR : Non, je le regrette.

 

Que vous a apporté la recherche ?

ML et GR : Le plaisir de transmettre nos connaissances.

 

Interview réalisée par Mathilde Bertin, Anna Cassier et Nicolas Six, élèves de 3°A.

Photo credit: dynamosquito via photopin cc