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Enquête sur le champignon des villes

Un bouquet de Mycènes (Mycena galericulata) habitant une souche de chêne et participant ainsi à l'entretien et au recyclage écologique de la forêt

Le Cercle d’études mycologiques en Aquitaine (Cema) a recensé les champignons des parcs municipaux de la ville de Mérignac. L’association a trouvé une présence intense de ces plantes, avec quelques surprises à la clé.


Un bilan de la faune et de la flore, c'est classique pour une commune. Mais y ajouter une approche mycologique, c'est déjà moins fréquent. C'est pourtant la démarche qu'a effectuée la ville de Mérignac, à côté de Bordeaux, lorsqu'elle a voulu faire labelliser ses huit parcs municipaux pour leur valeur écologique et la qualité de leur entretien naturel. Elle a donc demandé au Cema* d'effectuer ce travail de recensement des espèces de champignons présentes dans ses parcs, du plus grand (le Burck, 30 hectares) au plus petit (Beaudésert, 5 ha). « Quand il pousse beaucoup de champignons, ça peut vouloir dire que la nature vit intensément, parce qu'ils vivent souvent en symbiose ou sont des parasites d'autres végétaux. »

Pour Michel Pujol, l'un des responsables de l'association mycologique bordelaise qui a travaillé pendant deux ans sur le rapport rendu en décembre 2012, les champignons sont également « les gardiens, les recycleurs. Ils ont un rôle indispensable et sans eux, la forêt serait constituée de strates de feuilles de plusieurs mètres » car c'est eux qui assurent la décomposition des végétaux morts.
 

Des espèces rares parmi les 758 recensées

C'est donc plutôt bon signe si 355 taxons pour 758 espèces ont été recensés. Malgré tout, cela reste un état des lieux partiel car pour un bilan dynamique prenant en compte les évolutions, l'association estime qu'il faudrait un travail « sur plusieurs décennies. » En effet, la pollution « ne joue pas de manière destructrice à court terme » sur les champignons dont « le pouvoir d'adaptation est énorme. Ce qui peut arriver, c'est que ceux dont le mycelium (filament végétatif) affleure concentrent les éléments nocifs que l'on assimile lorsqu'on les mange. » Plus gênant pour la plante sont les pratiques d'entretien qui tondent les herbes à ras, endommageant ainsi les précieux filaments. De la même manière, le Cema recommande de laisser en place les troncs des arbres tombés car ils permettent le développement des saprophytes, les champignons se nourrissant de matière végétale morte.

Des Cyathes striés (Cyathus stritiatus) sur du bois raméal fragmenté (BRF) à Bourran qui sont à leur aise dans ce biotope de plus en plus présent dans les endroits "jardinisés"Un gastéromycète (Mycenastrum corium) intéressant parce que peu courant à Tenet


Mais les parcs urbains sont aussi le refuge d'espèces rares : « Il y a des espèces qui ne sont pas autochtones parce qu'au XIX ème siècle, il y a eu une mode de plantation d'arbres comme le séquoia ou le cèdre qui ne poussent pas naturellement ici. » Et ces arbres amènent avec eux leurs champignons mycorhisiens (qui vivent en symbiose) ou parasitaires qui se sont développés depuis. C'est ainsi qu'on a recensé à Mérignac des Lycoperdon Umbrinum, d'origine tropicale ou des Mycenastrum corium qui poussent habituellement dans les zones arides ou semi-arides d'Amérique du nord et d'Australie. En Gironde, on n'avait repéré le Mycenastrum que deux fois et sa présence dans le parc du Tenet est exceptionnelle. Même si elle peut être mise au débit du réchauffement climatique.

Pas comme l'Amanite phalloïde et cinq autres espèces mortelles ou potentiellement qui poussent sans problème dans les parcs. L'aventure est aussi au coin de la rue.

* Cercle d'etudes mycologiques en Aquitaine, cemachampi.blogs.sudouest.fr/