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Des mystères de la grotte Chauvet élucidés en Gironde

Les premières conclusions d'une expérience inédite nous apprend que la fumée n'incommodait pas les hommes préhistoriques lorsqu'ils faisaient du feu, notamment dans la grotte Chauvet. Ces feux expliquent aussi les lissages des parois observés dans la grotte ardéchoise.

C'est une expérience qui paraît toute simple mais n'avait jamais été tentée : faire du feu dans une grotte pour voir les effets que cela produit et ainsi en tirer des conclusions exploitables notamment pour mieux comprendre comment les hommes ont investi la Grotte Chauvet.
Au printemps dernier, une dizaine de scientifiques issus de champs disciplinaires très différents ont allumé un feu dans une grotte de l'Entre-Deux-Mers, en Gironde, dans des conditions semblables à celles qui pouvaient être celles rencontrées par les hommes préhistoriques (voir ici).

Les premiers résultats, obtenus grâce aux thermocouples placés aussi bien dans les murs que sous la sole supportant le feu, ont donné de premières pistes d'investigation qui serviront de base à la prochaine batterie d'expériences du printemps prochain. L'enseignement le plus spectaculaire répond à un questionnement sur les raisons qui ont pu conduire les hommes à s'enfumer dans un milieu aussi confiné : ils ne s'enfumaient pas.

En faisant un feu vif, les scientifiques ont pu constater que l'air se répartissait en deux couches : en hauteur, à partir d'un mètre du sol, la fumée s'accumule et l'atmosphère est irrespirable, alors qu'en dessous de cette limite tellement bien marquée que les murs en gardent des traces, la fumée est quasiment absente. Et c'est la même chose pour les températures : alors qu'elles atteignent 80°C au plafond à cinq mètres du foyer, elles restent aux environs de 30°C au sol.


Les parois de la grotte chauffées à 250°C

Autre constatation : la rubéfaction (rougissement des pierres) et l'écaillage de la paroi surviennent même avec un feu moyen, qui chauffe la paroi à 250°C. C'est important de le savoir parce que les parois de Chauvet portent des traces de rubéfaction jusqu'à quatre mètres du sol, ce qui suscite de fortes interrogations sur les raisons d'un feu aussi haut. S'agirait-il juste d'un feu un peu plus vif que les autres ?

Une autre découverte imprévue donne des éléments de réponse sur un autre des mystères de Chauvet. Les scientifiques ont découvert que, même plusieurs semaines après le feu, qui n'a duré que huit heures, les parois de la grotte s'étaient ramollies sous l'effet des dégagements d'eau et de CO2. Cette constatation pourrait expliquer les lissages de la paroi observés dans la cavité ardéchoise.

Les photos représentent :
- Le feu et les thermocouples après quelques heures d'expérience : on distingue nettement sur les murs les traces de suie laissée par la fumée en suspension en hauteur (806 +774)

- La sole en argile sur laquelle a été construit le foyer et les thermocouples qui servent à mesurer la chaleur à différents endroits de la paroi (612)

Visant à combler des manques dans la littérature consacrée aux effets des feux, l'expérience champêtre attire au delà des premiers labos concernés puisqu'un spécialiste des carbones de l'Ecole nationale supérieure et un chercheur en génie civil vont se joindre à l'équipe qui passera trois jours début mars et un week-end mi-mai à faire d'autres feux. Rassembler des spécialistes de matières aussi disparates et qui ne travaillent jamais ensemble est déjà, en soi, une expérience réussie.