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La solitude des abeilles sauvages

La solitude des abeilles sauvages

Questions à David Genoud, écologue indépendant, spécialiste des insectes, il est également trésorier de l’Observatoire des abeilles, organisme rassemblant d’autres scientifiques et ayant pour objet « l’étude, l’information, et la protection des abeilles sauvages et de leurs habitats »


On parle peu des abeilles sauvages. Sont-elles moins en danger que les abeilles domestiques ?

Au contraire. Les abeilles sauvages sont victimes de l’appauvrissement de leur ressource en pollen. Une espèce sauvage peut faire au grand maximum 800 mètres pour se nourrir. Si leur ressource disparaît, elle doit déménager, se refaire un trou et pondre les oeufs qui lui restent. Et comme elles sont solitaires, elles n’ont pas d’ouvrières pour les suppléer, cela les épuise.

Il n’y a pas que les pesticides qui sont un danger pour elles, la tonte aussi. Sur le plateau landais, la forêt offre peu de fleurs, ce sont essentiellement les platesbandes qui les nourrissent. Quand un employé passe le girobroyeur sur deux kilomètres en bordure de route, cela met en danger des espèces rares qui sont sur la liste rouge partout en Europe sauf en France. Une abeille domestique peut exploiter 400 plantes différentes pour se nourrir contre dix au maximum pour les plus polylectiques (1) des sauvages. De fait, les espèces à langue longue sont les plus menacées car elles sont souvent spécialisées dans une seule plante. En Aquitaine, des espèces recensées au XIXème siècle n’ont pas été retrouvées.
 

La région est-elle riche en espèces d’abeilles ?

C’était une région riche parce qu’il y a de nombreux biotopes. La montagne est la limite sud de beaucoup d’espèces, les plaines sont très chaudes et accueillent des espèces méditerranéennes. Dans le Lot-et-Garonne et les limites du Quercy, les coteaux ont un cortège à la fois continental et méditerranéen... Mais il y avait 485 espèces dans le grand Sud-Ouest au début du XXème siècle, dont 380 à 410 en Aquitaine. On n’en trouve plus que 315 aujourd’hui en comptant large.
 

Des initiatives, comme les jachères fleuries, permettent-elles de préserver les abeilles ?

Les jachères fleuries ne servent à rien. Ce sont des plantes trop banales qui n’apportent de la nourriture qu’aux espèces les plus communes qui n’en ont pas besoin. Et beaucoup de leurs fleurs sont pollinisées par le vent. Les massifs des villes, c’est pareil : ce sont des plantes spectaculaires mais sans pollen et peu de nectar qui sont un leurre pour les abeilles. D’ailleurs, en ville, il n’y a de la nourriture que pour la trentaine d’espèces les plus ubiquistes, soit celles s’adaptant aux milieux les plus divers. Elles y trouvent des endroits pour nicher et des conditions de température favorables. Le frelon asiatique aussi, d’ailleurs, qui se trouve très bien à Bordeaux. Il y a bien un plan national d’actions pour l’abeille sauvage et les pollinisateurs mais il est dans les cartons. Il faudrait modifier nos pratiques : supprimer les pesticides des jardins privés, enlever les plantes invasives qui sont des leurres, lutter contre la dégradation de l’habitat des abeilles et la banalisation des paysages.

(1) Se dit d’une espèce se nourrissant de plusieurs espèces de nectar. Le contraire est « monolectique ».

 

En images : Ces dangers qui guettent nos abeilles
Aujourd’hui, un tiers de notre nourriture dépend directement des abeilles. Elles sont le pollinisateur agricole le plus important de notre planète, et ainsi responsables de la sauvegarde de la biodiversité. Mais depuis plusieurs années, leur disparition augmente. L’Aquitaine n’est pas épargnée. En cause : l’agriculture intensive, les produits chimiques, des parasites ou encore le frelon asiatique très présent dans notre région.
Explications de ces dangers avec Raymond Saunier, chercheur émérite à l’INRA, apiculteur et secrétaire de l’UNAF (Union Nationale de l’Apiculture Française)