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Les abeilles, sentinelles du monde

L’activité de pollinisation de l’abeille joue un rôle essentiel dans la reproduction de 80% des plantes à fleur @Pierre Baudier

Domestique mais pas uniquement, menacée sans être chassée, l’abeille concentre une partie des inquiétudes liées à la dégradation de l’environnement. Mais son déclin commence à avoir des conséquences économiques. De quoi raviver les tensions.

Avec l’éléphant sur terre, la baleine dans les mers, l’abeille est, dans les airs, un des animaux symboles de la prise de conscience que quelque chose ne tourne plus rond dans l’environnement. Avec ses 20 000 espèces différentes, dont environ un millier en France, on ne parle pas d’extinction, même si certaines espèces sauvages sont en danger ou ont déjà disparu. L’abeille domestique (Apis mellifera, une seule espèce divisée en huit races) n’est pas vraiment menacée mais elle subit des pertes importantes. Le déclin est lié en partie aux excès agricoles des années 70, avec le remembrement, la culture intensive et la monoculture qui ont fait disparaître les haies et raréfié certaines espèces floristiques.

Ainsi, paradoxalement, ayant moins d’espèces concurrentes, les abeilles se trouvent parfois mieux dans les villes que dans certaines plaines surexploitées.

De nouveaux ennemis

Dans les années 80, l’apparition en Europe du varroa, acarien parasite de l’abeille asiatique, accroît les difficultés des abeilles. L’utilisation excessive de pesticides les fragilise encore plus et, lorsque le frelon asiatique arrive en 2004, il ajoute une pression supplémentaire à des abeilles déjà affaiblies. L’extension de ce frelon, le Vespa velut ina, est foudroyante : de 250 nids en 2005, elle est passée à environ 10 000 actuellement en Aquitaine. Il est présent dans la moitié des départements français et atteint les pays limitrophes. Cependant, comme les abeilles asiatiques qui ont l’habitude de sa présence, les abeilles européennes domestiques, insectes sociaux fortement organisés, semblent commencer à adopter des tactiques défensives, notamment une danse d’intimidation.

Les milliards du butinage

Mais si la raréfaction de l’abeille préoccupe autant, c’est aussi pour des raisons économiques. L’Aquitaine est la sixième région française en nombre de ruches, la cinquième en terme de production, prolongeant là une vieille tradition. Depuis le Moyen Age, presque chaque ferme avait ses « cahournes » ou ses « bournaces », noms patois des ruches.
Le miel landais, particulièrement réputé, était souvent l’une des rares sources de revenus des agriculteurs. La région présente aussi une mortalité hivernale des abeilles inférieure à la moyenne nationale pour des raisons encore inconnues. Surtout, l’activité de pollinisation de l’abeille joue un rôle, essentiel ou important, dans la reproduction de 80% des plantes à fleur.
Les autres pollinisateurs potentiels (papillons, diptères pour les fleurs à corolles ouvertes...) sont beaucoup moins efficaces. Et quand l’abeille n’est pas indispensable, on estime que la qualité germinative des plantes qu’elle a pollinisées est supérieure de 10% à celle des autres. De fait, son activité apporterait 153 milliards d’euros aux cultures mondiales, soit 9,5% de la valeur de la production.