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Grotte Chauvet : sur les traces du feu

Une dizaine de scientifiques venus de toute la France étudie, dans une carrière de Gironde,  les effets des feux dans les grottes, notamment celle de Chauvet, pour comprendre leur utilisation par les hommes préhistoriques. Et éclairer leur mode de vie. 

Pourquoi les Aurignaciens ont-ils fait du feu dans la grotte Chauvet ? Des chercheurs vont tenter de répondre à cette question dans une carrière souterraine girondine. Car parmi les interrogations qui demeurent autour de la merveille de l’art pariétal, située en Ardèche, la réponse à celle-ci pourrait aider à mieux comprendre la vie de ceux qui ont produit les fresques qui ornent les parois de la grotte ardéchoise. D’autant que les traces de foyer ont été décelées loin de l’entrée, dans des galeries étroites. D’où les doutes sur les raisons qui ont poussé les occupants à faire des foyers : pour l’éclairage, le chauffage, la production de charbon, des rituels ?

Chauvet étant la seule grotte ornée à présenter de telles traces de rubéfaction1, de telles questions n’avaient pas été explorées jusqu’à présent. Mais il est très difficile d’étudier les lieux directement, ceux-ci ayant été sanctuarisés pour leur éviter un destin semblable à Lascaux avec une prolifération de micro-organismes.

Une dizaine de scientifiques (ici Pierre Guibert de l’Iramat, Catherine Ferrier Pacea et Aurélie Brodard) va reproduire des feux dans une cavité de Gironde pour comprendre les types de foyers produits dans la grotte Chauvet pour éclairer les raisons qui ont conduit à les faire.


Une carrière en Gironde

C’est la raison pour laquelle une partie de l’équipe scientifique qui étudie la cavité s’est lancée sur les traces de ces feux et veut en reproduire les effets pour en comprendre les causes. Le projet a été lancé au début 2012 et les chercheurs des laboratoires concernés² se sont retrouvés vendredi 20 avril 2012 à Lugasson, petite commune girondine, pour repérer les lieux des premières expériences qui auront lieu mi-mai. Il y a là, à côté d’un abri médiéval troglodyte, une ancienne carrière de pierre qui présente des caractéristiques convenables pour ce premier essai.
Pendant trois jours, en mai 2012, l’équipe qui compte une dizaine de scientifiques venus de toute la France, expérimentera un premier feu, à une faible profondeur dans la grotte pour ne pas que la fumée gêne le travail. Bardé de capteurs mesurant la température au sol, dans les parois, la vitesse et la direction des mouvements de l’air, le souterrain fournira des données de base qui orienteront les autres expériences de foyers qui s’étaleront jusqu’à fin 2013 au plus tôt.


Simulation de mécanique des fluides

Delphine Lacanette, du laboratoire bordelais Trefle, est chargée avec ces données d’effectuer une modélisation « pour comprendre la propagation des fumées et le renouvellement de l’air ». Cette simulation de la mécanique des fluides en milieu souterrain permettra notamment d’étudier la manière et la vitesse dont l’air se renouvelle. Les expérimentations sur différents types de feux serviront aussi à « caractériser les effets de la chauffe sur les parois, quantifier les résidus de combustion, mesurer l’impact sur l’environnement de la grotte. » Avec au final la compréhension du type de foyers produits dans la grotte Chauvet pour éclairer les raisons qui ont conduit à les faire.


1 Coloration rouge des parois due, en l’occurrence, à leur échauffement par le feu.
² IRAMAT, PACEA, I2M Trefle, ArScan à Nanterre, CEPAM à Nice, MNHN à Paris, TRACES à Toulouse.