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Migration : des vols sans frontière

migration des vols

Le pic du passage des palombes a lieu en ce moment. Mais, outre l’oiseau bleu, les passereaux, milans royaux, faucons crécerelles, grues, cigognes, busards, pluviers dorés,… passent les Pyrénées par milliers pour des contrées lointaines. Reportage en Pays basque avec les observateurs de la LPO sur le col de Lizarrieta, au-dessus du village de Sare

En cette belle journée d’automne, ce sont les grues cendrées qui ont ouvert le bal des grands flux migratoires quotidiens. A l’heure où les premiers rayons de soleils illuminent les versants des collines basques puis la vallée de Sare, plusieurs espèces ont déjà suivi le chemin tracé par les grues. A la cime des arbres du col de Lizarrieta, les passereaux (alouettes, bergeronnettes, pinsons,…) passent. A peine au-dessus de nos têtes, plusieurs petits oiseaux volent rapidement, Simon Cavaillès s’exclame, « des pipits farlouses ». Reconnus immédiatement à leur cris par l’observateur de la Ligue de protection des oiseaux. Puis il dégaine, ses jumelles : « regardez c’est un milan noir ».

Conditions climatiques

Au loin quelques palombes s’approchent, vite repoussées par les tirs des chasseurs. Réputées pour passer en nombre ici, aujourd’hui elles donnent peu de satisfaction aux chasseurs qui se donnent rendez-vous par dizaines sur leurs postes de tir, en ces jours de grands passages. « Ce matin, le vent est de sud, donc contraire pour elles ». Feignants les oiseaux ? Il faut dire qu’avec déjà plusieurs milliers de kilomètres dans les ailes et autant à parcourir, les migrateurs attendent le moment opportun pour passer l’un des obstacles les plus importants de leur migration : la chaîne de Pyrénées. C’est pourquoi, le col de Lizarrieta est idéal pour les migrateurs. A 11 kilomètre de Sare, situé entre les pics d'Ibantelli (698m) et Atxuria (756m), ses 441 mètres d’altitude font figure de goulet migratoire.
« Les conditions climatiques jouent aussi un rôle important mais elles ont un impact différent selon les espèces », prévient Simon Cavaillès. Les rapaces, eux, passent durant l’été pour bénéficier des ascendances de l’air qui les portent, ce qui explique qu’il est rare d’en voir en ce moment et leur migration est limitée à quelques heures, du milieu de la matinée au début de l’après midi quand le sol est chauffé par le soleil. Malgré son Master 2 écologie en poche, c’est surtout sur le terrain que Simon Cavaillès avoue avoir beaucoup appris sur les oiseaux, comme ses deux autres collègues présents sur le col de Lizarrieta, Olivier Maigre et Clara Croce.
Cela fait en effet dix ans qu’il partage pendant plusieurs mois ses journées du lever au coucher du soleil avec les autres observateurs de la LPO, demeurant la nuit sur le col dans une cabane.

Le col d'organbidexka fait partie des trois sites d'observation du Pays Basque avec le Col de Lizarrieta et la Redoute de LinduxLes observateurs comptent tous les migrateurs qui franchissent les Pyrénnées vers le Sud pour les migrations post-nuptiales Faucon crécerelle

 

Bio-indicateurs

Mais au-delà du plaisir de voir des dizaines d’espèces d’oiseaux passer au-dessus de leurs têtes, quel est l’intérêt de les compter ? « Les migrateurs sont des bio-indicateurs des milieux dans lesquels ils vivent car ils y sont très sensibles. Et, si on observe un déclin d’une population, on peut tirer la sonnette d’alarme ». Les méthodes d’observations qui demeurent les mêmes d’une année à l’autre deviennent ainsi des indicateurs de la dynamique des populations d’oiseaux. C’est ce qui s’est passé pour le milan royal dont la population était en train d’être décimée dans les années 90. Après enquête, on a remarqué qu’il était victime des anti-coagulants utilisés contre les campagnols, une proie de choix pour le rapace. Aujourd’hui, la population est en train d’être reconstituée.
Alors, les compteurs de la LPO notent tout ce qui se trouve dans leur « sphère d’observation » : nombre, sexe,…: « Suivant les espèces, nos méthodes d’observations diffèrent, le protocole est adapté par rapport à la taille des oiseaux ». Ainsi, on peut identifier les passereaux à leurs cris et les rapaces à leur silhouette. Ou bien, suivant les types de vols en groupe : espacé comme le pinson, sautillant et compact pour le tarin des aulnes. Parfois, l’âge peut être déterminé pour l’oiseau « contacté » à la jumelle comme le busard cendré dont le jeune a un plumage roux.
Il est 13 heures, les chasseurs descendent dans la vallée car les palombes passent essentiellement le matin. Les observateurs, eux, resteront devant leur jumelle jusqu’au coucher du soleil. Un vol d’alouettes passe devant eux, les observateurs inscrivent leur nombre sur un carnet.
Ils répéteront leurs gestes jusqu’au 15 novembre, avant de revenir à l’automne prochain observer et recompter les vols de faucons hobereaux, vanneaux huppés, aigrettes, circaètes, cigognes ou autres balbuzards pêcheurs.

 

Le col est parsemé de postes de tirs pour les chasseurs de palombes  La LPO, outre le comptage, sensibilise le public à la protection des oiseaux

 

Photos
AM et Simon Cavaillès

 

Alexandre Marsat

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