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Quand la Manche était un fleuve

Quand la Manche était un fleuve

Boston et New York sous plusieurs centaines de mètres de glaces, Lacanau au milieu des terres, … il y a 20 000 ans au dernier maximum glaciaire, alors que le niveau de la mer était inférieur de 120 mètres à celui que l’on connaît aujourd’hui, la Manche se traversait à pieds. « Ce fleuve charriait les sédiments, produits de l’érosion terrestre, dans le golfe de Gascogne. Il est maintenant clair que cet ancien fleuve a eu un impact sur la sédimentation du golfe », explique Samuel Toucanne du laboratoire Epoc (1). C’est à partir de ce postulat que le jeune chercheur a orienté son travail de thèse sur la reconstruction des transferts sédimentaires. « Pour savoir quel a été l’impact du fleuve sur cette sédimentation on a procédé à des carottages à plusieurs endroits du Golfe de Gascogne. On s’est alors rendu compte que ce fleuve avait un impact majeur mais irrégulier sur la sédimentation. En analysant les dépôts on a pu raconter l’histoire lointaine du fleuve. »

Les deux calottes glaciaires se rejoignant les fleuves d’Europe étaient redirigés vers le fleuve Manche, augmentant fortement son débit L’ancien fleuve alimenté notamment par la Somme et la Seine avait un débit important. Le Rhin et l’Elbe, eux, se jetaient au nord de la mer du Nord, celle-ci étant elle aussi exondée au cours des périodes glaciaires. Mais quand les deux calottes glaciaires couvrant les îles Britanniques et la Scandinavie se sont rejointes, une bifurcation s’est réalisée et les deux fleuves sont devenus confluents de la Manche augmentant ainsi sa puissance. A la fonte de la calotte glaciaire il y a environ 18 000 ans, la Manche avait un débit puissant, emportant avec elle les sédiments des sols lessivés.

Mais les études de Samuel Toucanne publiées entre autres prochainement dans Quaternary Science Reviews (2) ont permis d’aller beaucoup plus loin, jusqu’à il y a 350 000 ans. Ceci n’est qu’un début. En effet, « l’une des carottes prélevées permet de remonter à plus de 1,2 millions d’années ce qui nous a donné la possibilité d’établir la chronologie et l’ampleur des glaciations quaternaires. A partir de la variabilité des décharges sédimentaires, plusieurs cycles glaciaires/interglaciaires ont été analysés. Ceci est impossible avec les études géologiques à terre car les glaciations les plus récentes ont effacé les précédentes. » Cette reconstitution continue de l’histoire glaciaire est une donnée paléoclimatique précieuse pour la compréhension des climats passés et futurs.

(1) Environnements et Paléoenvironnements Océaniques (Epoc), est une Unité Mixte de Recherche (UMR 5805) commune à l’Université Bordeaux 1 et au CNRS
(2) « Timing of massive 'Fleuve Manche' discharges over the last 350 kyr: insights into the European Ice Sheet oscillations and the European drainage network from MIS 10 to 2 ». Toucanne S., Zaragosi S., Bourillet J.F., Cremer M., Eynaud F., Van Vliet-Lanoe B., Penaud A., Fontanier C., Turon J.L., Cortijo E., Gibbard P.L. (2008)

Alexandre Marsat

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