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Miel de ville ou miel des champs ?

C’est un peu un signe des temps : on n’explique plus aux enfants la reproduction grâce aux abeilles (il y a des vidéos pour ça…), mais on se sert désormais de ces vaillants petits insectes pour analyser les pollutions d’un milieu, car elles y sont particulièrement sensibles.

Miel de ville ou miel des champs ?

Depuis une bonne quinzaine d’années, on fait des gorges chaudes avec le miel des villes. Il serait meilleur et plus sain que celui des campagnes, et des entreprises en ont tiré un business juteux : le miel de Paris fait sa pub avec un apiculteur en canotier façon Maurice Chevalier des abeilles, et un restaurant mondialement connu héberge des ruches sur son toit pour le vendre à des prix prohibitifs. À Lille, l’adjoint au maire chargé de l’environnement l’est aussi pour l’apiculture urbaine.

 

Étude Comparative

Les ruches des villes produisent plus de miel, en moyenne, que celles des campagnes : 50 kilos, voire jusqu’à 80 kilos pour une colonie moyenne contre une trentaine de kilos en campagne. Contrairement aux hommes, les abeilles sont moins stressées en ville : on y trouve moins de pesticides depuis que beaucoup de mairies sont passées au bio pour l’entretien de leurs espaces verts, moins de frelons asiatiques, des températures plus douces dues à la concentration urbaine et, étonnamment, une plus grande diversité florale. Car, en campagne, l’industrialisation agricole a conduit à une monoculture qui étouffe la biodiversité alors qu’en ville parcs publics et jardins privés regorgent de variétés différentes et parfois exotiques dont la floraison s’échelonne du début du printemps à la fin de l’automne. Quant à dire que le miel urbain est moins pollué… c’est moins sûr.

Une étude complète de l’Oniris (1) dans l’ouest de la France éclaire sur les paradoxes des pollutions : elle a trouvé 238 types de molécules chimiques dans les ruches des zonescultivées, 208 dans des bocages et 177 en zone urbaine, avec à chaque fois une concentration plus importante au printemps, au moment des traitements. Les ruches en campagne seraient donc en moyenne plus polluées par les produits phytosanitaires, mais certaines ruches urbaines le sont tout autant, en fonction de leur lieu d’implantation et des vents dominants. Mais cette étude a pour la première fois analysé la présence d’hydrocarbures sur les abeilles et dans le miel : les ruches les plus rurales sont les moins atteintes, et celles qui sont proches d’agglomérations ou d’axes routiers sont les plus polluées. Curieusement, celles situées en centre-ville présentent des niveaux d’hydrocarbures intermédiaires entre ces deux extrêmes : une ruche campagnarde proche d’une autoroute contient plus d’hydrocarbures qu’en centre-ville. L’étude conclut aussi que si le miel présente des taux de pollution qui ne mettent pas en danger la santé de l’homme, que ce soit en campagne ou en ville, ce n’est pas la même chose pour la santé des abeilles. Et ce n’est pas en faisant son miel sur leur dos que ça va changer quelque chose.

(1) L’Oniris, l’école nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation est située à Nantes.

photo credit: via photopin (license)