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La folle histoire de l’esturgeon

L’esturgeon européen était prisé par les pêcheurs de l’estuaire dans les années 1900 pour sa chair réputée. Ils se mirent à produire du caviar qu’après 1917 grâce à la visite d’une princesse russe.
Mais l’esturgeon disparaîtra quelques décennies plus tard.

La folle histoire de l’esturgeon

Un véritable monstre du Loch Ness en plein estuaire de la Gironde. La bête peut faire 3 mètres de long et jusqu’à 300 kilos. On est au début du XX ème siècle et les petits ports situés tout au long de l’estuaire, aussi bien sur les rives girondines que charentaises, vivent au rythme des flots. Nombre de pêcheurs subsistent grâce à leur sortie en barques sur les eaux de la Gironde.
Un poisson de choix est régulièrement remonté dans leur filet : l’esturgeon ou le créa comme ils le nomment alors. Ils n’hésitent pas à poser avec leur trophée comme on le fait avec le gibier de chasse. Les cartes postales de l’époque en témoignent. Le poisson est si grand qu’il faut parfois le suspendre à un bâton les bras tendus. Il dépasse d’une bonne tête la petite troupe de pêcheurs souriants. 
L’esturgeon est alors pêché pour sa chair fine, gouteuse et sans arrête. C’est toujours une belle prise.
Mais personne ne sait encore qu’il renferme un autre trésor. Le caviar. Quand le poisson est ramené au port par les filadières, ces bateaux traditionnels de l’estuaire, il est aussitôt préparé. Les œufs des femelles sont alors laissés sur place et plus souvent rejetés à l’eau. 

C’est ce spectacle qui étonnera alors une riche russe assistant à la scène en 1917. Cette princesse, de la famille même du tsar indique la légende, a été chassée de Russie et s’est réfugiée dans le petit port charentais de Saint-Seurin d’Uzet.
Elle ne manque pas d’informer les pêcheurs de l’incroyable gâchis dont elle est témoin. D’autant que la Révolution de 1917 a donné un coup d’arrêt à la production de caviar russe. Elle apprend alors aux pêcheurs comment préparer les œufs d’esturgeon pour en faire le délicieux caviar de son pays d’origine.
C’est un tournant remarquable pour la pêche de ces petits ports. L’esturgeon de l’estuaire n’est plus seulement pêché pour sa chair mais avant tout pour ses œufs.

 

La capitale du caviar français
Dans l’entre-deux-guerres Saint-Seurin d’Uzet est même considéré comme la capitale du caviar français grâce à un autre russe. Alexandre Scott, officier russe, lui aussi exilé en France après 1917, est mandaté par la Maison Prunier en 1921 pour diffuser les bonnes techniques de préparation et développer la production. Le patron du célèbre restaurant parisien, Emile Prunier, veut alors conquérir une clientèle russe en mal de caviar. 
Des ateliers de transformation fleurissent rapidement pour fournir la Maison Prunier, tout au long de la Gironde et de la Garonne, jusqu’à Langon.

L’or noir améliore alors la vie quotidienne de ces pêcheurs qui tirent plusieurs dizaines de kilos d’œufs des femelles dont le poids dépasse souvent la tonne. Même les auberges de ces ports profitent de cette nouvelle manne en proposant du caviar aux riches touristes venus de Royan. 
Le filon semble inépuisable. Mais rapidement la ressource disparaît. L’esturgeon européen, l’Ascipenser sturio, ce grand migrateur qui parcourt nos côtes du Danube à l’estuaire de la Gironde, se fait rare. Il subit la surpêche mais aussi la dégradation de son milieu.
Les années 60 sont marquées par un impressionnant déclin de l’espèce. En 1982, l’esturgeon européen est protégé en France et donc interdit à la pêche. 

 

Les chercheurs tentent de sauver l’esturgeon
Mais des captures accidentelles ont forcément lieu par les quelques pêcheurs qui ont pu maintenir leur activité sur l’estuaire. C’est finalement ce qui sauvera l’espèce. 
C’est ainsi qu’un mâle est une femelle sont pris dans des filets. Les chercheurs de la Station marine de Saint-Seurin-sur-l’Isle voient l’occasion de sauver l’espèce. Grâce aux deux géniteurs, ces scientifiques de l’Irstea ont entrepris depuis 20 ans d’enrayer la disparition de l’esturgeon européen en mettant place une technique de reproduction assistée. 
Depuis une dizaine d’années, plusieurs centaines de milliers d’esturgeons naissent dans les bassins de la station marine. Et régulièrement, les scientifiques procèdent à l’alevinage de l’esturgeon dans l’estuaire pour reconstituer la population d’Ascipenser sturio.
Ce magnifique poisson au museau pointu et aux barbillons si caractéristiques commence à fréquenter à nouveau les eaux de notre estuaire. 

La chronique « Patrimoine dévoilé » est réalisée en partenariat avec Sud Ouest

Crédit photo : Alexandre Marsat
 

Alexandre Marsat

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