Votre version d'internet explorer est obsolette, veuillez mettre votre navigateur à jour pour accéder à ce site.

Mettre à jour

Interview fictive des héros du "Meilleur des mondes"

Lors de leur projet « Escape moi », les collégiens de Vérac se sont immergés dans « Le Meilleur des Mondes », le chef d’œuvre d’Aldous Huxley et se sont prêtés au jeu d’une interview fictive des héros, Bernard Marx et John « Le sauvage ». L’occasion de replonger dans ce roman passionnant, écrit en 1931, mais toujours aussi riche d’enseignements.   

Bernard Marx : « Cette différence me permet de penser par moi-même »

 

 

Loane : Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement de la société dans laquelle vous avez vécu cette aventure ?

Bernard Marx : C’est une société futuriste ou est instaurée une dictature dirigée par le Directeur. Les enfants sont fabriqués à la chaîne et il n’y a aucune naissance naturelle. Nous sommes classés dans différentes classes. Les Alphas et Bétas font partie des castes supérieures et sont majoritairement grands, beaux et intelligents. Les Gammas constituent une classe moyenne et populaire. Et les castes inférieures sont composées des Deltas et Epsilons qui effectuent des travaux simples et sont physiquement petits et laids. Enfin, c‘est une société où l’on ne peut pas avoir de sentiments, de relations amoureuses, de liberté…

 

Justine : Comment vous décrirez-vous ? 

Bernard Marx : Je suis un homme de petite taille, gros et sans charme. Ce physique ne correspond pas au Alpha. Je suis ainsi mis de côté par les autres personnes. Ils me considèrent comme différent et inadapté. Je pensais qu’avec les années, je serai intégré, mais ce ne fut pas le cas. 

 

Laura : Savez-vous pourquoi l’auteur vous a donné le même nom que celui de Karl Marx et de Claude Bernard ?  

Bernard Marx : Je pense qu’Aldous Huxley a utilisé de nombreuses personnes connues ayant rapport avec le livre pour inventer le nom de personnages dans « Le Meilleur de mondes », par exemple Lénine pour Lénina, Fanny Kalpan (la femme qui avait tenté d’assassiner Lénine) pour Fanny Crowne et Claude Bernard (le père de la médecine expérimentale) et Karl Marx (le co-auteur du Manifeste du parti communiste et qui prédisait la fin du capitalisme) pour moi, Bernard Marx. 

 

Chloé : Quels sont plus précisément ces liens entre votre personnage et le célèbre Karl Marx ? 

Bernard Marx : Notre plus gros point commun est, je dirais, la lutte des classes sociales. C’est une personne qui disait que pour créer un monde utopique, on n’avait pas d’autres choix que de supprimer les différentes classes sociales. En tant qu’Alpha Plus, traité comme moindre, j’aurai préféré n’appartenir à aucune classe. Je pense que nous avons la même vision des choses à ce sujet. 

 

Maelys : Est-ce que pour vous être différent est un bénéfice ou une contrainte ? 

Bernard Marx : Pour moi, cela est un bénéficie, car cette différence me permet de penser par moi-même, de ressentir des émotions, d’avoir des sentiments tandis que les autres Alphas ne ressentent quasiment rien et ne sont pas eux-mêmes. Ils n’ont pas de personnalité. Elle m’a aussi permis de me rendre compte du manque de libertés que nous avions et surtout de la similitude des individus de même caste. 

 

Guillaume : Qu’est-ce que le conditionnement ? 

Bernard Marx : Dans cette société, le but est d’éviter la surpopulation en régulant la production du corps humain (…). Le fait de pouvoir conditionner un embryon est un progrès gigantesque pour la science, de plus le conditionnement est la base de notre société. Cela consiste à ce qu’un embryon soit conçu selon le souhait d’une personne. Je m’explique : chaque embryon a une fonction et un rôle dans la société bien précis, c’est ainsi qu’est créé ce parfait équilibre. Chaque caste est conçue différemment, dans leurs tubes, les embryons destinés aux castes des Alpha et des Beta, reçoivent moins d’alcool que les autres castes, ce qui les rend plus intelligents. Mais le conditionnement sert aussi à pouvoir faire des choix qui nous paraissaient impossibles avant, nous pouvons choisir la taille, la couleur de peau, des yeux, le caractère et les goûts des enfants. Grâce au conditionnement, nous conservons la paix dans notre société, pas de jaloux, tout le monde est content de ce qu’il est mais il y a quand même une hiérarchie à respecter, les Alphas sont au pouvoir et restent les plus avancés en termes de connaissances.  

 

Maelys : Comment avez-vous rencontré John ? 

Bernard Marx : C’était lors de mon voyage avec Lénina au Nouveau Mexique. Nous étions allés à la Réserve sauvage, nous avons été présentés à la société du Malpais, société qui a été oubliée par l’État mondial. J’ai été fasciné par l’endroit et Lénina horrifiée par les habitants jusqu’à en regretter d’avoir laissé son soma à l’auberge. Ils se reproduisaient naturellement, ils étaient marqués par la vieillesse, vivant dans un univers non stérile. John était l’enfant de Linda, l’ancienne compagne du directeur du Centre. C’était une habitante abîmée par les années qui sentait fortement l’alcool lorsque nous l’avons rencontrée. 

 

Loane : Pouvez-vous nous raconter plus précisément votre voyage dans la réserve à sauvages et qu’en avez-vous pensé ? 

Bernard Marx : Bien sûr. Nous sommes arrivés en fusée à la Nouvelle-Orléans et avons dormi dans un hôtel luxueux que Lénina affectionnait par-dessus tout. Le lendemain, nous sommes partis dans la réserve et à l’intérieur, il y avait environ 60 000 personnes qui conservaient leurs coutumes. Nous avons découvert un village indien très différent de notre société. Les Indiens sentaient mauvais, leur camp était sale, les femmes allaitaient leurs bébés et les Indiens ne gardaient pas leur jeunesse intacte jusqu’à 60 ans. Lénina était choquée mais moi j’étais émerveillé par ce monde si différent du nôtre. Il y avait des familles, choses que je ne connaissais pas. 

 

Flavie : Pourquoi avoir ramené de votre voyage John le Sauvage et sa mère ? 

Bernard Marx : Pour pouvoir me venger et humilier le directeur du centre d’incubation et de conditionnement. Cela a bien marché, même si bien malgré moi je me suis attiré beaucoup d’ennui. (…) Le directeur comptait me changer de service. De plus, il trouvait que ce voyage dans la réserve de sauvages nuisait à l’image de son centre. Alors, il m’a confié que 25 ans auparavant, son amie de l’époque (la mère de John) avait disparu dans la même réserve lors d’une visite similaire. 

 

Maxime : Vous n’utilisez pas le soma, ce produit artificiel qui permet de se sentir heureux, pourquoi ? 

Bernard Marx : Je suis entièrement contre. Ce qu’ils donnent dès le plus jeune âge comme médicament n’est rien de plus qu’une drogue très puissance. (…) Comment l’homme peut-il être heureux s’il ignore tout de la passion ou de l’amour ?  Je pense que c’est un faux bonheur. L’homme a l’impression d’être heureux mais il ne l’est pas car il est comme on lui dit de faire ou d’être sans savoir pourquoi, donc il est content mais sans sentiment, il n’est pas heureux. 

 

Laura : Qu’avez-vous retenu de cette aventure ? 

Bernard Marx : Elle a changé ma vie car elle m’a appris qu’en essayant de chercher toujours plus perfection, en voulant tout contrôler, on ne pourrait jamais satisfaire les besoins de tout le monde. Si cette aventure était à refaire, je referai la même chose car si je n’avais jamais ramené John le Sauvage dans mon monde, il n’aurait jamais connu ce monde auquel il rêvait tant. Alors préfériez-vous vivre avec des remords ou des regrets ? 

 

 

 

 « John Le Sauvage » : « Je pense que l’on ne peut pas « consommer » un sentiment »

 

 

Romain : Vous être surnommé « Le sauvage » à cause de votre naissance naturelle et de votre éducation dans un village indien. Est-ce bien cela ? 

John : Oui, mais aussi parce que n’ai pas reçu de conditionnement. 

 

Paola : Comment êtes-vous arrivé dans cette réserve et comment y viviez-vous ? 

John : Avant d’arriver ici ma mère était une femme civilisée. Elle est venue dans la réserve accompagnée de son amant. Elle est tombée enceinte et, comme dans notre société les enfants doivent être créés in votro dans des éprouvettes, elle a donc décidé de rester (…). Dans la réserve, je vivais avec ma mère dans une petite maison éloignée du village. On manquait de nourriture, d’eau. Les déchets s’entassaient. Ma mère recevait souvent des visites d’hommes dans sa chambre (…). Il y avait aussi des bons moments. Enfant, j’adorais ma mère parlait de « là-bas », ce monde d’où elle venait. J’écoutais aussi les vieillards du Pueblo me raconter des histoires indiennes. Elles étaient à la fois étranges et merveilleuses. (..) Mais j’étais aussi souvent seul, victime du mépris des autres pour le fils d’une étrangère. 

 

Cassidy : comment avez-vous réagi quand vous êtes arrivé à Londres ?

John : Londres était une ville que j’idéalisais puis en arrivant, je me suis rendu compte d’un aspect artificiel : les relations entre les gens sont superficielles, ce n’était pas du tout ce que j’imaginais ? 

 

Léo : Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ? 

John : Eh, bien, au départ, je trouvais cette société très paisible avec les cinémas « sentant » par exemple. Et puis il y a eu des imprévus tels que la mort de ma mère et de voir que les personnes autour d’elle n’ont rien ressenti. C’est cela qui m’a ouvert les yeux. 

 

Charlotte : Que ressentiez-vous pour Lénina ? 

John : J’ai été attiré par Lénina, mais elle ne voulait que des relations sexuelles avec moi et rien d‘autre conformément aux attitudes à tenir dans cette société où tout le monde appartient à tout le monde. Moi, qui n’est pas reçu un enseignement modelant l’esprit, je juge les relations humaines, dans ce monde, pauvres et superficielles. 

 

Carla : Pourquoi vous êtes-vous entêté à ne pas consommer du soma ?

John : Pour diverses raisons. Il faut savoir que le soma est une drogue, alors quand nous en consommons, notre durée de vie diminue. Est-ce que recevoir du bonheur pendant un laps de temps vaut plusieurs heures, voire jours, de notre précieuse vie ? Non, je ne crois pas. Ma mère est morte pour en avoir consommé. Elle est morte pour recevoir du bonheur. Je pense que le bonheur, nous pouvons le créer nous-même, avec de l’amour, de l’amitié ou d’autres sentiments. Voilà, je pense que l’on ne peut pas « consommer » un sentiment. 

 

Nicolas : D’après Mustapha Menier, l’Administrateur Résident de l’Europe Occidentale, vous avez déjà lu un livre. Lequel ? 

John : Oui, c’est vrai, un livre de Shakespeare que m’a offert ma mère. Dans notre société, les livres sont considérés comme subversifs. Pourquoi l’avoir lu ? Parce que plus je lisais, plus j’aimais les mots. 

 

Carla : De votre point de vue, quel symbole a assigné l’auteur à votre personnage ? 

John : Je dirai la liberté. Oui, exactement la liberté d’être qui je voulais dans ce monde d’automates, la liberté de ressembler à moi-même et à personne d’autre, la liberté de ressentir des sentiments, la liberté d’être malheureux et la liberté d’avoir un avis.