Votre version d'internet explorer est obsolette, veuillez mettre votre navigateur à jour pour accéder à ce site.

Mettre à jour

Ils cherchent le vin de 2030

Des chercheurs bordelais planchent sur l’adaptation de nouveaux cépages pour faire face au changement climatique. Leur parcelle expérimentale plantée aux portes de Bordeaux intéresse les viticulteurs.

Ils cherchent le vin de 2030

 

En plein terroir de Graves, l’un des plus réputés de Bordeaux, 2600 pieds sont disposés. Des rangs de vigne comme il en y a partout sur la commune de Villenave d’Ornon, au sud de Bordeaux. Assez classique… Et pourtant à y regarder de près, on s’aperçoit que les ceps ne ressemblent pas.

Nous sommes sur la « parcelle 52 » où les chercheurs de l’Inra, de Bordeaux Sciences Agro et de l’Université de Bordeaux ont planté pas moins de 52 cépages. Touriga nacional, mourvèdre, alvarinho, agiorgitiko, saperavi,… ces noms de cépages, qui côtoient ceux utilisés dans les appellations de Bordeaux, chantent le soleil. Et pour cause. Sur cette parcelle expérimentale, les scientifiques rassemblés dans le projet Vitadapt étudient les facultés d’adaptation de nouveaux cépages au changement climatique.

Planté en 2009, les premiers raisins de cette parcelle commencent à être vinifiés, apportant de nouvelles réponses aux chercheurs. « On est sur une méthode de vinification très classique avec une souche de levure utilisée en Bordelais pour rester sur le protocole similaire des viticulteurs. L’objectif est d’être en mesure de le comparer aux productions actuelles », explique Agnès Destrac-Irvine ingénieur à l’Inra-Bordeaux et co-responsable du projet Vitadapt.

 

Une palette aromatique typique

 

Ensuite des dégustations à l’aveugle sont réalisées sur la vingtaine de cépages aujourd’hui vinifiée. Les deux à trois bouteilles produites ainsi en mono-cépage sont alors évaluées sur leur nez, leur qualité et leur bouche en demandant aux testeurs si cela est typique d’un vin produit à Bordeaux. Puis une seconde note évalue le vin même s’il n’est pas dans la palette bordelaise.

« Avec deux années de recul sur ces premières dégustations, les cépages bordelais sont très bien reconnus et bien notés par les œnologues experts comme les consommateurs lambda sollicités, ce qui prouve leur typicité. Et parmi les vins nouveaux, une grande majorité de dégustateurs pensent que certains cépages non bordelais pourraient intégrer un assemblage de vins de Bordeaux. »

C’est à dire que même s’ils ne lui reconnaissent pas une typicité bordelaise, il y a un consensus au sein du panel de dégustateurs pour dire qu’il pourrait rentrer dans les vins de Bordeaux.

 

Accumulation en sucre

 

Au-delà des tests de dégustation, les chercheurs modélisent un grand nombre de données pour étudier l’adaptabilité des cépages à un terroir qui ne cesse de se réchauffer.

Ainsi, ils poussent la maturation des baies pour voir le potentiel maximal d’accumulation en sucre des cépages et de leur vitesse d’accumulation. Certains vont ainsi parvenir à se maintenir à ce maximum pendant trois semaines. D’autres, une fois atteint leur pic maximal, doivent être vite récoltés sinon la dégradation est immédiate.

Ces modélisations comme l’adaptabilité des cépages intéressent déjà fortement les viticulteurs qui visitent en nombre la parcelle. « Face à la prégnance des changements climatiques dans les vignes, la profession est très attentive à nos modèles. Beaucoup d’appellations voudraient lancer de plus grandes surfaces expérimentales, pour connaître la caractérisation des cépages pour être prêtes le jour venu à implanter de nouveaux cépages. »

Mais le projet de recherche Vitadapt se veut une anticipation par rapport aux changements climatiques car le changement des cépages est le dernier levier.  D’ici là plusieurs actions peuvent être mises en place pour reculer un petit peu plus : la plantation nord-est/sud-ouest au lieu du nord/sud, un port plus retombant à la place du port droit bordelais, jouer sur la variabilité génétique naturelle de chaque cépage…

Mais face à un réchauffement climatique encore plus rapide qu’imaginé, « l’arrivée de nouveaux encépagement pourrait intervenir dans les prochaines décennies » analyse la chercheuse.

 

Crédit photo : DR/INRA 

 

Retrouvez les articles « Patrimoine dévoilé » sur le Mag de Cap Sciences : www.C-YourMag.net

Alexandre Marsat

Voir son profil