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Grotte Chauvet : des chercheurs bordelais veulent percer le mystère des feux

L'expérience Carmothap, menée dans une carrière girondine, sur les feux dans les grottes éclaire le quotidien préhistorique mais suscite de nouveaux casse-têtes.

 

Devant la grotte de Lugasson, les pompiers sont obligés de se protéger de la chaleur et du CO2 pour pouvoir alimenter le foyer.  (crédit photo : Carmothap)

En quatre ans d'expérience, l'équipe du projet Carmothap a acquis suffisamment de données pour donner les caractéristiques des feux effectués voici 36 000 ans dans la grotte Chauvet en Ardèche. Du moins pour les feux les plus nombreux. Mais il en restait un qui échappait à toute explication : un grand foyer capable de brûler la plafond de la cavité à trois mètres de hauteur. En début d'année 2016, une nouvelle expérience a eu lieu dans une carrière de Lugasson en Gironde, pour connaître quelle quantité minimale de bois suffisait à alimenter une flamme qui aurait cette capacité.

 

Selon les chercheurs, il faut 125 kilos de bois, enfournés par fagots de 4 à 5 kilos, pour permettre de retrouver au plafond le type de rubéfactions grises que l'on retrouve dans la grotte Chauvet. Mais le feu est réellement intense puisqu'à 200°C, le plafond rougit et qu'il faut atteindre les 400°C pour qu'il devienne gris. Autre conclusion : les flammes n'ont pas besoin d'atteindre cette hauteur pour que l'effet se produise. Il suffit que les gaz de combustion, à cette température, touchent le plafond. Voilà pour la modélisation qui était l'un des objectifs de l'expérience.

 

Mais l'autre découverte est plus troublante : même si la quantité de bois nécessaire correspond à ce qu'un homme peut transporter (en gros, il faut trois heures de travail à deux pour récolter assez de combustible), il est quasiment impossible d'alimenter régulièrement le foyer, à cause de la chaleur mais aussi de la quantité de CO2 qui est inhalée. Pour l'expérience, ce sont les pompiers qui ont dû mettre le bois. En ce qui concerne le CO2, comme le foyer de Chauvet est fermé sur deux côtés et non pas trois comme à Lugasson, on peut supposer qu'il circulait facilement mais ça n'explique pas comment on a pu y mettre régulièrement du bois.

 

Il faudra donc expliquer s'il est possible que les traces de Chauvet aient pu être produites par plusieurs grands feux brefs plutôt qu'un seul. Quant à l'autre question, celle du pourquoi, elle reste encore plus floue. L'importance du feu exclue un usage domestique, tout comme la recherche d'éclairage puisque d'autres foyers plus petits y pourvoyaient. De même, la production de charbon de bois nécessaire à la réalisation des innombrables fresques de la grotte aurait pu être réalisée plus facilement en extérieur.

 

Reste le dernier recours en terme d'hypothèse, celui d'un feu rituel : jusqu'au XIX ème siècle, de tels rites de purifications de grottes existait dans le monde mais avaient-ils déjà cours chez les aurignaciens ?