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Grippe aviaire : les migrateurs resteront-ils dans le collimateur ?

Les oiseaux sauvages, migrateurs ou sédentaires, sont régulièrement accusés d’être les principaux responsables de la propagation du virus de la grippe aviaire qui frappe durement les élevages du Sud-Ouest. Pourtant les experts sont formels : leur rôle est à relativiser. Et les responsabilités sont partagées.

Le cygne tuberculé est l’une des espèces sauvages le plus souvent touchée par le virus de l’influenza aviaire (23 cas sur 50). Crédit : Alexandrine Civard-Racinais

L’abattage massif et parfois préventif d’1,7 millions de volatiles et de 2,3 millions de canards n’a pas encore permis de venir à bout du virus de la grippe aviaire qui sévit en France depuis le 28 novembre 2016, date du premier cas rapporté.
Au sein des élevages, 424 foyers d’Influenza aviaire sont encore recensés, essentiellement dans les Landes et le Gers (source ESA). Et 50 cas ont été détectés dans l’avifaune sauvage, un chiffre en augmentation par rapport au précédent point de situation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Légende : La Grande aigrette et le canard colvert font partie des espèces sauvages victimes du virus H5N8. Crédit photo : Alexandrine Civard-Racinais

 

Haro sur les oiseaux migrateurs

Aussi, la tentation est-elle grande, y compris au plus haut niveau, de crier haro sur les migrateurs, suspectés d’être la cause principale de la contamination des oiseaux domestiques.

Certaines espèces sédentaires dites commensales car vivant à proximité des élevages, sont elles aussi pointées du fusil… Ainsi la découverte, le 23 février, dans le Lot et Garonne, de tourterelles turques victimes du virus H5N8 (la souche virale la plus représentée) a-t-elle conduit à l’organisation d’une battue administrative.

Une hérésie dénoncée par de nombreux scientifiques et experts. « Il faut séparer l’origine des virus (domaine de l'écologie), de l'origine des maladies (domaine de l'élevage, du « socio-écosystème ») et de l'origine des crises sanitaires (domaine du socio-économique et du politique) » résume l’écologue Serge Morand, chercheur au CNRS et au CIRAD.

 

Et si le problème était ailleurs ?

Car si les oiseaux sauvages peuvent ponctuellement jouer un rôle dans le processus de propagation des virus influenza, ils sont loin d’être les principales causes de la crise sanitaire affectant les élevages du Sud-Ouest. « Il faut que l’on arrête de nous dire que c’est la faute des oiseaux sauvages. Leurs stocks mondiaux sont plutôt en déclin, alors qu’en revanche, la quantité d’oiseaux domestiques et leur concentration s’accroit, ce qui ouvre un véritable boulevard aux virus. » s’insurge Serge Morand.

Dans un avis publié le 17 février 2017, l’ANSES souligne pour sa part que « le maintien de l'épizootie dans le Sud-Ouest reste essentiellement lié à la diffusion des virus par les activités humaines associées à la filière palmipèdes gras » comme les mouvements d'animaux, de personnes et de véhicules (avis n°2017-SA-0028). 

Légende : Les palmipèdes de la filière foie gras ont payé un lourd tribut à la grippe aviaire. Crédit photo : CNRS

 

Pour les experts de l’Anses, la faune sauvage commensale des élevages concernés jouerait quant à elle « plutôt un rôle de sentinelle épidémiologique mais pas de réservoir local de l’infection ». Aussi est-il inutile, voire contre productif, de chercher à réguler les populations d'oiseaux par la chasse ou les battues, ces mesures risquant de contribuer encore plus à la dispersion de l’infection du fait des mouvements d’oiseaux provoqués.

Aux yeux de l’écologue Serge Morand, cette crise sanitaire qui n’est ni la première, ni la dernière, « devrait surtout nous amener à nous poser les bonnes questions…  Quel élevage voulons nous ?  Quelle place laissons nous à l'animal sauvage ? Quelle santé animale et humaine souhaitons nous ? » Un vaste chantier auquel il est urgent que les politiques et le citoyens s’attellent avant la survenue de la prochaine grippe aviaire ou de la « prochaine peste ». 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Crédit photo
: Alexandrine Civard-Racinais

 

Pour en savoir plus sur les liens entre biodiversité et maladies infectieuses émergentes, lire le dernier ouvrage de Serge Morand : La prochaine peste, une histoire globale des maladies infectieuses (Fayard).

 

 

 

 

 

 

Alexandrine Civard-Racinais

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