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Des chauves-souris volent au secours du vignoble bordelais

Les chauves-souris sont-elles les prédateurs naturels des vers de la grappe, ces insectes ravageurs de la vigne ? Les naturalistes le pensent. Une étude scientifique est en cours pour le prouver et faire de ces mammifères peu aimés de véritables alliés. 

En cette fin avril, eudémis et cochylis ont déjà entamé leur cycle de développement. Vers la mi-juin, la seconde génération de ces deux espèces de « vers de la grappe » verra le jour. Au grand dam des viticulteurs, car « leurs chenilles creusent des galeries dans les jeunes baies et ces perforations représentent une porte d’entrée pour les pourritures », déplore Laurent Charlier, ingénieur agronome au Comité Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB).

Les excréments des chenilles servent en effet de substrat nutritif à Botrytis cinerea, une « pourriture grise » redoutée en raison de son incidence qualitative qui se traduit par une altération de la couleur et des arômes du vin. Aussi les viticulteurs soucieux de lutter contre ces ravageurs, tout en limitant l’emploi de traitements chimiques (un à deux traitements spécifiques par an en viticulture conventionnelle), cherchent-ils de nouvelles parades… qui existent déjà dans la nature. 

 

25 espèces de chauves-souris recensées en Aquitaine

 

Car les chauves-souris, que l’on clouait jadis aux portes des granges, pourraient se révéler fort utiles. « Au stade adulte, eudémis et cochylis sont des papillons qui se reproduisent à la tombée de la nuit, période où les chauves-souris sortent chasser », explique Yohan Charbonnier, chargé de mission scientifique à la LPO qui participe, avec le CIVB, à un projet visant à démontrer la capacité des chauves-souris à consommer ces papillons ravageurs de la vigne. Cela grâce à l’expertise apportée par les chercheurs de l’UMR SAVE de l’INRA de Bordeaux. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Légende : Pour obtenir du guano « témoin », exploitable par les chercheurs, 5 chauves-souris soignées au Centre de soins de la faune sauvage de la LPO Aquitaine ont été nourries avec des vers de la grappe élevés à l’INRA.    Crédit : Photo DR/ Yohan Charbonnier - LPO

 

« Dans un premier temps, des chauves-souris pensionnaires du Centre de soins de la LPO ont été nourries avec des vers de la grappe. Cela a été mis au point pour identifier la trace moléculaire de ces deux espèces dans le guano des chauves-souris, détaille Yohan Charbonnier. Il s’agit maintenant de vérifier qu’à l’état naturel les chauves-souris se nourrissent bien d’eudémis et de cochylis. Pour ce faire, nous allons rechercher des traces d’ADN de ces deux ravageurs dans les guanos des chauves-souris vivant à proximité des vignes et réaliser un suivi de l’activité de ces petits mammifères sur 50 parcelles témoins. »

Les premiers résultats sont attendus à l’automne 2017. « Si les scientifiques démontrent qu’une présence importante de chauves-souris permet de réduire la pression des ravageurs, cela sera un pas supplémentaire pour inciter les viticulteurs à préserver la biodiversité », commente Laurent Charlier.

Une fois la preuve de la prédation apportée, un cycle d’actions de compréhension de l’activité des chauves-souris est envisagé (2018-2020). Cet ambitieux projet devrait déboucher sur la publication de recommandations visant à favoriser la présence de ces précieux auxilliaires. Avec à la clé, souligne Yohan Charbonnier « la diminution du nombre de ravageurs et des dégâts infligés à la vigne » et une diminution du nombre de traitements insecticides. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Légende : Espèce opportuniste, la pipistrelle commune adapte sa  méthode et sa zone de chasse aux ressources disponibles.  Crédit : Photo DR/Yannig Bernard - Eliomys

 

Alexandrine Civard-Racinais

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