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D'Arcet Jean (1724-1801)

Chimiste chalossais ami de Montesquieu, auteur de nombreux travaux dont ceux qui ont conduit aux célèbres porcelaines de Sèvres et de Limoges

Jean d'Arcet (ou Darcet) naît dans une famille landaise à Doazit, ou près de cette localité. Les incertitudes sur sa date et sur son lieu de naissance ont fait l'objet de nombreuses recherches, notamment par la Société Borda de Dax, mais son acte de baptême donne 1724, c'est sans doute la date la plus plausible. Un père très sévère et une marâtre rigide obligent le jeune Jean à quitter sa scolarité à Aire-sur-l'Adour pour aller étudier les sciences qui l'attirent à Bordeaux. Fâché avec son père et sa belle-mère, sans ressources, il devient précepteur et par l'intermédiaire d'un camarade d'étude il s'occupe des enfants de Montesquieu. Ce grand homme de lettres décèle en Darcet un esprit vif, et il en fait son secrétaire, puis son ami. Montesquieu l'emmène à Paris en 1742 ce qui permit à Darcet de s'introduire dans les milieux scientifiques et intellectuels. En 1755 Montesquieu meurt dans les bras de son ami intime Darcet qui lui, doit se battre contre les jésuites pour garder les clefs du cabinet de travail et pour préserver l'œuvre du maitre que les jésuites n'aimaient pas beaucoup. Pendant la guerre de Sept Ans, Darcet va en Hanovre en 1757 et découvre la métallurgie et surtout la porcelaine de Saxe dont il deviendra un spécialiste en perçant les secrets de fabrication. Reçu médecin en 1762, il épouse en 1771 la fille du chimiste Rouelle avec qui il est très lié. Darcet travaille avec Rouelle, ce chimiste fort réputé qui a eu pour disciple Lavoisier. Vilaris et Bertrand Pelletier (deux chimiste aquitains) ont aussi suivi ses cours comme bon nombre de grands chimistes de l'époque. Darcet se consacre alors entièrement à la chimie, il est nommé au Collège de France et c'est lui qui pour la première fois donne des cours en français et non pas en latin comme c'était l'usage. Il devient directeur de la manufacture de Sèvres où ses connaissances pointues sur les porcelaines conduisent à la fabrication de ce que l'on appelle porcelaine dure, Sèvres et Limoges deviennent des sièges réputés du savoir faire français. On le retrouve ensuite Inspecteur des monnaies, membre de l'Académie des Sciences. Dans sa riche carrière il se fait remarquer par ses compétences en porcelaine mais aussi pour avoir su extraire la gélatine des os ce qui était fort utile dans la préparation des colles. De sa collaboration avec le chimiste Leblanc on retiendra la fabrication de la soude caustique par un procédé nouveau connu son le nom de procédé Leblanc. Cette soude était devenue indispensable dans la fabrication des savons dont la pénurie se faisait sentir. Le nom de Darcet reste attaché à un alliage à faible température de fusion (environ 90°C). L'alliage Darcet est un alliage à base de bismuth (Bi) pour 50%, 32% de plomb (Pb) et 18% d'étain (Sn). Cette découverte a donné un élan à la course aux alliages de faible température de fusion, tels l'alliage de Wood (55% Bi, 15% Pb, 15% Sn et 15% de cadmium) qui fond à 65°C, l'alliage de Field (32.5 Bi, 51% d'indium et 16,5% Sn) qui fond à 60.5°C. Pour la petite histoire, ces alliages furent utilisés dans les farces et attrapes (cuillère qui fond dans le café !) On préfère aujourd'hui utiliser pour ça du gallium pur, mais à environ 30€ les 10 grammes !! Lavoisier avait montré que le diamant résiste à l'action du feu en vase clos comme c'est le cas du charbon et ne disparait qu'autant qu'il est en contact avec l'air pour donner du dioxyde de carbone appelé alors "air fixe". Conclure au fait que le diamant est plus combustible que volatil était une idée qui déplut à Darcet qui étudie alors le comportement des "terres" au feu. Curieux de toutes les sciences, on lui doit de nombreuses publications variées, cela va de l'analyse des terres, à l'utilisation des corps gras comme hydrofuges dans les peintures, à l'utilisation des excréments pour la fertilisation des champs, à l'assainissement des lieux humides etc. Rien ne lui est indifférent, les eaux, l'économie domestique, l'hygiène publique, l'agriculture … Réfugié un temps dans sa Chalosse natale durant la période révolutionnaire, il revient à Paris où il meurt le 24 pluviôse an IX. Sa descendance fut assurée par un fils et deux filles dont l'une dit-on volage aurait servi de modèle pour Madame Bovary. Jean Le fils de Jean d'Arcet a poursuivi l'œuvre de son père notamment sur la soude et dans le domaine des alliages. On lui doit par ailleurs des études sur les eaux qui conduisirent à la fabrication des fameuses pastilles Vichy. Si la chimie moderne est née avec Lavoisier, Jean d'Arcet et ses disciples ont participé à cette grande aventure dans laquelle plusieurs aquitains ont apporté une pierre à l'édifice.

Jean-Pierre Devalance

Sources :
Fichier d'autorité international virtuel
Bibliothèque Nationale de France.
Académie des sciences.
Des chimistes de A à Z par Eric Brown éd. Ellipses