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Dans la tête de Néandertal : et s'il était artiste ?

Une première expérience de psychologie expérimentale sur l'homme de Néandertal a conclu qu'il n'était pas très différent de nous dans sa manière d'agir dans une tâche pratique. Et confirme sa capacité à ne pas travailler uniquement pour des raisons pratiques mais aussi symboliques.

La première expérience de psychologie expérimentale à propos des Néandertaliens a conclu à leur proximité cognitive avec l'humain moderne.

C'est la première expérience du genre et l'on ignore encore jusqu'où on peut aller, mais elle sera suivie d'autres qui devraient permettre de mieux comprendre le mode de pensée de Neandertal. D'ores et déjà, elle permet pour la première fois d'affirmer que son activité n'était pas purement pratique et fonctionnelle mais qu'elle pouvait avoir des buts « non-utilitaires ».

C'est une équipe du laboratoire d'excellence bordelais Lascarbx, sous la direction de Francesco d’Errico, qui a mené cette expérience de psychologie expérimentale visant à saisir la « différence de perception minimale » entre l'homme moderne et Néandertal. Différence en deçà de laquelle il n'est plus possible d'établir un écart dans le mode de pensée des deux espèces sur ce type d'activité. Et ceci à partir d'un objet qui posait question, trouvé voici 25 ans dans une grotte de Crimée en Ukraine.

Un os de corbeau sur lequel sont alignées huit entailles régulières, profondes, résultant d'un va-et-vient d'outil : clairement, il ne pouvait être le résultat d'un travail de boucherie. Au microscope, on s'est aperçu également qu'à l'origine, six entailles avaient été réalisées avant que l'auteur ne se ravise et en ajoute deux pour combler les espaces.

 

Une technique néandertalienne proche de la nôtre

 


En demandant à des expérimentateurs de réaliser des entailles et en compliquant au fur et à mesure la demande, on a constaté que le travail des humains actuels différait suffisamment peu du résultat préhistorique pour qu'on puisse en conclure que sur ce genre de tâche, la manière d'agir des néandertaliens est identique à la nôtre.

Jusqu'alors, une telle approche n'avait été utilisée que pour des Magdaléniens dont la proximité temporelle avec nous (-12 000 ans) laissait déjà penser qu'il n'y avait pas de fossé cognitif avec l'homme moderne. Et elle ouvre des perspectives : pour Francesco d'Errico, qui met déjà au point d'autres expériences de même type, elle peut peut-être résoudre les questions que pose la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne). Grotte où près de 400 stalagmites ont été découpées et ordonnées sans qu'on en comprenne la raison. On s'interroge aussi sur la raison pour laquelle les Néandertaliens avaient coutume de récupérer la dernière phalange des grands rapaces, sachant qu'il n'y a là rien à y manger.

Reste maintenant à comprendre le pourquoi de ces entailles sur cet os : au paléolithique, on trouve la même chose pour améliorer la préhension d'un poinçon mais ça ne peut pas être le cas ici. De la même manière, le faible espace et la petite taille des entailles les rend impropres à une utilisation à fin de comptabilité puisqu'il est difficile de les distinguer à l'oeil. Bref, tout ce que l'on peut conclure, et c'est déjà beaucoup, c'est que Néandertal pensait comme nous. Ou plutôt le contraire, il a le droit d'aînesse.