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Ces vignes pluricentenaires, témoins de notre histoire

Rares sont les pieds de vignes qui ont résisté à la déferlante dévastatrice du phylloxéra. Certains ont survécu. Agés de plus de 200 ans, ils témoignent aujourd’hui de notre patrimoine et de nos pratiques viticoles.

Ces vignes pluricentenaires, témoins de notre histoire

Le phylloxéra comme on l’apprend dès l’école primaire a ravagé tout le vignoble français et notre région n’a pas été épargnée, détruisant par là même le patrimoine viticole construit sur 2000 ans. Ce puceron a contraint les viticulteurs à faire table rase. Les ceps centenaires ont alors laissé place aux porte-greffes résistants à la maladie. Fin de l’histoire ?

Quelques rares survivants permettent de redécouvrir des cépages oubliés.

 

1- Le chauché, ancêtre du pineau

Le plus exceptionnel d’entre eux est le chauché gris. Cultivé dès le XIIIème siècle dans l’Aunis et sur l’actuelle délimitation du pineau, il a fait la gloire de cette région viticole. Le chauché gris était apprécié pour ses grappes serrées.

Bien adapté à ce climat tempéré, les vignerons en ont fait leur cépage préféré. Mais l’hiver 1709, où l’on dit que même le vin a gelé dans les barriques, a eu raison de ces ceps de vigne.

Devant replanter le vignoble, on en a profité pour changer de cépage à une période où la distillation commençait à se mettre en place. Peu adapté aux techniques de ce début du XVIIIème siècle, il a été abandonné au profit de la folle, du colombard puis de l’ugni blanc.

Et les quelques derniers ceps survivants ont trépassé avec l’arrivée du phylloxéra.

C’était sans compter sur la volonté du Conservatoire du vignoble charentais de remonter le fil du patrimoine viticole. Enquêtant sur tout le vignoble à la recherche du chauché disparu, ils ont mis la main en 2003 sur une treille à La Couarde sur l’île de Ré. Sur ces terres sablonneuses, le phylloxéra a eu du mal à avancer. Dans cette quête du graal, d’autres pieds ont été découverts sur l’île d’Oléron et sur la côte charentaise.

 

Alors testé par les passionnés d’ampélographie, le chauché passe toujours mal la distillation mais il est très utile dans le moût qui produit le pineau des Charentes. Cépage très précoce, il peut donner des vins d’une étonnante palette aromatique de poire et proche de l’acidulée pêche de vigne, avec une belle longueur en bouche.

Devant de telles qualités et souhaitant réintroduire le cépage historique de la région, le conservatoire du vignoble charentais s’est démené pendant plusieurs années pour faire inscrire le chauché au catalogue officiel français. Inscrit en 2011, le chauché est à nouveau planté par quelques viticulteurs sur le territoire à qui il a donné autrefois ses lettres de noblesse.

Un beau retour en grâce.

 

2- Des vignes devenues Monuments historiques

A Sarragachies, dans le Gers, c’est aussi un sol sablonneux qui a permis de conserver des ceps pré-phylloxériques. En pleine appellation Saint-Mont, 600 pieds ont survécu sur le coteau de Ninan. Avec plus de 200 ans au compteur, la parcelle produit encore du vin.

C’est un véritable patrimoine viticole au cœur de la Gasconne, entre Nogaro et Riscle, qui a été classé en 2012 sur la liste des Monuments historiques. Il faut dire que la parcelle de 2000 mètres carrés a conservé l’histoire des cépages de la région.
Sur ses douze rangs, pas moins d’une vingtaine de cépages ont été identifiés dont un tiers sont inconnus.

Les ceps, plantés en carré avec pieds doubles et mélangés, sont aussi un témoignage des pratiques culturales de l’époque, quand les attelages de bœufs y travaillaient.
Conduite depuis des générations par la famille Pédebernade, et aujourd’hui avec le soutien de Plaimont Producteurs, cette vigne admire toujours les Pyrénées proches. A moins que ce ne soit l’inverse…

 

 

3- Une treille étudiante

Des générations d’étudiants bordelais ont siroté leur café et plus souvent leur verre d’alcool sur la célèbre Place de la Victoire à l’ombre de ses feuilles, sans savoir que la treille qui les abrite a plus de 200 ans !
Plantée à la fin du XVIIIème avec cinq autres pieds par la famille Duverger, l’Inra a identifié son cépage : le très ancien cruchen-nègre ou « tchacouli ».  Taillée avec soins et entretenu par les experts, la treille donne une douzaine de bouteilles pour les caves du Palais Rohan.

Le pied, devenu un symbole sur la place très minérale du centre-ville, rappelle que depuis les Bituriges vivisques puis les Romains, la ville hébergeait des vignes à l’intérieur même de la cité.

Développant aujourd’hui ses rameaux entre un tabac-presse, une brasserie, une banque et un MacDo… la vigne est décidément le meilleur témoin de notre histoire.

 

La rubrique « Patrimoine dévoilé » est publiée en partenariat avec Sud Ouest Mag

Alexandre Marsat

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