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Ces insectes nécrophages qui renseignent les archéologues

Jean Bernard Huchet, est l'un des rares archéoentomologistes funéraires au monde. Ce chercheur du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris et de l'Université de Bordeaux (PACEA)  parcourt le globe et ses plus beaux sites archéologiques. De Pompéi, où il étudie les insectes qui ravageaient les réserves alimentaires, au Pérou, où il examine ceux qui hantent les tombes des indiens de la civilisation Mochica (Ier-VIIe siècle après J.-C), il nous raconte son métier.

Le coléoptère Necrobia rufipes. À gauche :  spécimen actuel. À droite: spécimen provenant de la momie de Namenkhet Amun, prêtre du temple d’Amon (Karnak) - Crédit :  J.-B. Huchet)

Le Mag : En quoi consiste l’archéoentomologie funéraire ?

Jean Bernard Huchet : C’est l’étude et l’interprétation des restes d’insectes associés à des restes humains ou d’animaux en contexte archéologique. Mon travail est identique à celui de l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale, mais sur des corps vieux de plusieurs milliers d’années.

Les insectes nécrophages qui sont étudiés dans le cadre médico-légal par la police scientifique sont-ils les même que ceux que vous étudiez en archéologie ?

Oui, même si les espèces peuvent varier d’un continent à l’autre. Et grâce aux sciences forensiques (1), nous savons que les nécrophages se succèdent sur le cadavre en vagues successives (2) jusqu’à sa complète réduction squelettique. Parmi les nombreuses cohortes, les premiers à s’inviter sont les mouches, de l'ordre des diptères. Cependant, de composition fragile au stade adulte, il ne subsiste en contexte archéologique que la trace de leur métamorphose sous forme de puparia (3). Plus tardivement arrivent, avec les premiers signes de décomposition, les coléoptères.Les insectes sont d’intéressants sujets car ils se conservent bien. Dans le cas des momies égyptiennes, ils bénéficient, en même temps que leur hôte bandeletté, de la même protection via l’embaumement, du moins pour ceux qui ne sont pas éliminés durant les lavages corporels. Ils sont parfois tellement bien conservés qu’il est difficile de les distinguer des insectes muséophages.

Des insectes muséophages ?

Cette catégorie représente le pire cauchemar des conservateurs car ils peuvent causer d’importants dommages, bien souvent irréversibles, pour les collections du musée. Ils n’ont aucun intérêt archéologique. Cependant, il est indispensable de les distinguer des véritables « indics ».

Existe-t-il d’autres groupes d’insectes qui apporteraient des informations autres que celles des nécrophages, véritables "indics" des momies ?

Oui, ceux qui ravagent les denrées alimentaires, par exemple. Mais il y a une troisième catégorie qui est importante : celle des parasites externes, les poux de tête, de corps et les morpions. C’est la 3e plaie d’Égypte ! Les poux de corps  transmettent des maladies comme le typhus et la peste. Ce sont de bons révélateurs des conditions sanitaires d’un lieu et d’une époque. Néanmoins, vous n’en trouverez pas sur les momies de hauts dignitaires égyptiens car ils se rasaient partout, jusqu’aux sourcils…

 

  1. Sciences forensiques : études et analyses développées dans le cadre de la criminologie et/ou de la médecine légale. Voir aussi l'article sur l'archéologie forensique.
  2. « La faune des cadavres, application de l’entomologie à la médecine légale », Mégnin, 1894
  3. Puparium (plur. puparia) : petit tonnelet rigide à l’intérieur duquel la larve se métamorphose en mouche