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Quel est ce trait noir dans les dunes ?

Non mais franchement, qu’est-ce que c’est que ce truc dur qui vous a bousillé deux orteils alors que vous marchiez tranquillement dans le sable chaud le long de la plage et vous a fait perdre toute contenance alors même que vous alliez conclure ?

Le temps de jeter deux injures et vous pouvez vous lancer dans une explication qui vous redonnera (peut-être) un semblant de dignité : c’est de l’alios. Ça suffit si vous avez vraiment très mal. Si ça va mieux, expliquez comment cette pierre s’est formée à partir du sable. Pour mieux comprendre le processus, revenons au pléistocène supérieur (entre 120 000 et 11 000 ans) : c’est à cette époque que la Garonne se déplace vers le nord et l’Adour vers le sud. Dans le triangle qu’elles forment, entre Le Verdon, Nérac et Bayonne, il n’y a plus de cours d’eau suffisamment fort pour drainer les sols vers l’océan. De fait, tous les sables transportés par les deux fleuves partent dans la mer, et les vents, beaucoup plus forts à cette époque qu’aujourd’hui, les ramènent constamment de l’Océan vers la terre, où ils s’accumulent dans ce triangle. Jusqu’à 150 kilomètres à l’intérieur des terres, c’est dire si ça soufflait dru.

 

Grès ferrugineux

 

Voilà comment les Landes se sont ensablées. Sur ces sols déjà acides ne peuvent alors pousser que des conifères et d’autres plantes acides elles aussi. Comme le climat est froid à l’époque, elles se décomposent mal. On a là un cocktail peu engageant mais propice à la podzolisation, qui commence voici 60 000 ans : les acides organiques contenus dans l’humus détruisent l’argile et libèrent de la silice, de l’alumine et surtout du fer. Les sols, très perméables, sont lavés par les pluies qui entraînent ces éléments dans le sol, où ils rencontrent la nappe phréatique qui finit de dissoudre le tout. En redescendant, à la saison sèche, la nappe laisse un mélange de sable et des composés issus de l’argile, que le fer cimente pour former l’alios, un grès ferrugineux sombre. Et voilà ce qui a noirci vos orteils, merci le pléistocène.

Rare mot d’origine aquitaine qui soit resté dans la langue actuelle, l’alios se décline en plusieurs variétés : le plus sombre est le moins ferreux et n’est souvent qu’un agrégat de sable, très friable. Plus clair, avec des traînées jaunes, il contient 1 à 5 % de fer. Ensuite, c’est ce qu’on appelle la garluche : il contient jusqu’à 16 % de fer et fut pour cela utilisé jusqu’au XIXe siècle dans les forges en pays de Born (dans les Landes). Une autre garluche, couleur jaune orangé, fut abondamment utilisée pour la construction dans un pays landais pauvre en pierre. Présent en faible profondeur (jusqu’à 1,5 m maximum), on trouve sur la plage des fragments qui ont été découpés par les vagues. Et maintenant, vous regarderez où vous mettez les pieds !

 

Chronique réalisée en collaboration avec le Mag de Sud Ouest.
http://www.sudouest.fr/lemag/

Crédits photo : Pierre Baudier