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Almería, une province agricole menacée par le manque d’eau

On pourrait dire de la province d’Almería qu’elle est le potager de l’Europe. Son climat chaud lui permet de cultiver des fruits et légumes de toutes sortes sans se préoccuper des saisons. Cependant, cette région est aussi connue pour son aridité. L’eau, élément indispensable à l’agriculture, est donc un enjeu majeur.

Les serres agricoles du Campo de Dalias qui s'étendent jusqu'à la mer

Ce qui frappe en arrivant sur les hauteurs du Campo de Dalías, ce sont les serres à perte de vue. Au cours de notre journée dédiée à l’hydrologie, le Professeur et hydrogéologue à l’Université d’Almería, Antonio Pulido Bosch, nous a guidés à travers ce bassin agricole. Situé au sud de la province d’Almería, il illustre parfaitement les changements récents de la région et les nouveaux enjeux qui l’animent à présent.

Longtemps, la province d’Almería a basé son économie sur l’extraction du plomb. Cette industrie y était si développée que c’était de là que le prix du plomb était mondialement fixé. Cependant, à la fin du XXème siècle, les mines ont commencé à fermer, entrainant l’effondrement de l’économie de la région. L’agriculture a alors donné un nouvel élan à la province. De 50ème province espagnole au niveau économique, soit dernière, Almería s’est hissée au 14ème rang grâce au développement d’une agriculture intensive sous serres. La production y est énorme et représente plus de 2 milliards d’euros par an.

Mais qu’est ce qui a permis un tel essor de l’agriculture dans la province d’Almería ?

C’est principalement son climat méditerranéen. En effet, il offre des températures chaudes, même en hiver, qui évitent d’avoir à chauffer les serres. La province d’Almería est donc l’une des plus compétitive au niveau européen puisqu’elle peut produire des fruits et légumes de contre saison à moindre coût. Elle est même plus compétitive que les Pays-Bas qui, malgré une technologie et une connaissance ancienne de la production sous serres, restent obligés de chauffer leurs serres en hiver à cause d’un climat plus froid.

Cette compétitivité a ainsi permis à la province d’Almería de devenir le potager de l’Europe, à tel point que des villes nouvelles ont même vu le jour afin de loger les travailleurs. Dans le Campo de Dalías, la population est passée de 40 000 habitants en 1940 à plus de 600 000 habitants aujourd’hui.

Cependant, l’agriculture nécessite de l’eau et si le climat chaud est favorable en termes de températures, il ne l’est pas en termes de les précipitations. En effet, dans les régions cultivées elles sont de l’ordre de 200mm/an, ce qui classe la province en climat « aride ».

Comment l’agriculture de la province réussit-elle donc à combler ses besoins en eau ?

Le climat étant très sec, l’agriculture se repose principalement sur les eaux souterraines. Deux unités aquifères sont présentes et exploitables, les unités Felix et Gádor. Dans le Campo de Dalías, plus de 2000 forages ont été recensés. Il y a donc une pression énorme sur la ressource. Au départ, les pompages se sont fait dans l’unité Felix qui est la plus proche de la surface, à 100 mètres de profondeur. Mais comme les prélèvements étaient trop importants, l’eau s’est progressivement salinisée. En fait, cela est dû à la nature des roches dans lesquelles l’eau est contenue. Ces dernières sont d’origines marines et sont relativement salées. Les prélèvements importants ont donc conduit à augmenter progressivement la salinité dans les eaux.

La salinisation de l’aquifère Félix a rendu l’eau impropre à la consommation aussi bien pour les habitants que pour l’irrigation. Les agriculteurs ont donc foré plus profondément, à 600m, afin d’atteindre l’unité de Gádor. Malheureusement, à cause de mal façons sur certains forages, les eaux salinisées de la formation Félix ont contaminé cet aquifère sous-jacent.

Ce problème de salinisation vient donc accroitre d’autant plus la pression que connait la ressource en eau dans la province d’Almería. Malgré une utilisation massive de l’hydroponie dans les serres andalouses, une méthode de culture qui fait appel à un système de goutte à goutte pour l’arrosage, le besoin en eau pour l’irrigation reste trop important. Annuellement, un hectare de culture dans cette région nécessite 6000m3 d’eau. Approximativement, le Campo de Dalías, qui est l’un des différents bassins cultivés de la région, s’étend sur 400km² soit 40000ha. Sachant qu’il est presque intégralement couvert de serres, le besoin en eau dans cette zone est d’environ 240 millions de m3 par an.

La province d’Almería doit donc réussir à trouver des solutions pour répondre aux besoins en eau si elle veut pouvoir maintenir l’agriculture dans la région. Quelques solutions émergent cependant localement. La Communauté des Usagers des Aquifères de la Sierra de Gádor s’occupe de la gestion et du pompage de l’eau de 4500ha de terres cultivées. Elle a développé un système de contrôle de la ressource très performant. Il permet notamment de surveiller en temps réel les paramètres de l’eau afin pomper une eau de qualité très peu salée. En outre, ils réfléchissent à développer un système d’osmose inverse comme cela se fait pour l’eau de mer. L’eau des deux aquifères serait donc désalinisée, et comme l’eau est beaucoup moins salée que de l’eau de mer, le coût ne serait pas trop élevé. De plus, même si actuellement l’eau désalinisée serait plus cher que l’eau saine pompée, avec la raréfaction de la ressource son prix pourrait rapidement devenir très compétitif.

Malgré tout, les gens de la région sont conscients depuis le début que ce système n’est pas durable. La région devra probablement réorienter son économie à terme. L’objectif principal est donc de gagner du temps