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10 chercheurs répondent aux questions de l’actualité économique

Le magazine C-YourMag a proposé ce samedi 6 février 2016 des débats animés par la rédaction qui répondent aux enjeux de l’actualité économique. Croissance, biodiversité, ubérisation, avenir de l’euro... 10 experts du Groupe de recherche en économie théorique et appliquée (Gretha) et de l'Irstea ont répondu à ces questions qui font l’actu.

Vous pouvez revoir l'ensemble de ces dix conférences :

1- Doit-on diminuer les salaires et la protection du travail pour créer de l’emploi ?

Jean-Marie Harribey propose de répondre à cette question qui occupe l’actualité politique de ce début d’année 2016 en rappelant que ce qui est vrai pour une entreprise ne l’est pas pour le reste de l’économie. Alors que les couts et la protection des salariés ont été baissés, il examine ce qu’il faut faire aujourd’hui pour créer de l’emploi.
Pour cela il part de l’alternative suivante :
- Maintenir les protections comme des gardes fous face au droit de propriété. Il rappelle en effet que la relation de subordination entre le patron et l’employeur a justifié le droit du travail.
- Poursuivre le mouvement séculaire de baisse du temps de travail.

 

2- Le modèle capitaliste a-t-il un avenir ?

Pour Michel Cabannes, cette question a ressurgi avec la crise, dans les années 2008. Au début du mouvement ouvrier, des intellectuels et des acteurs politiques se sont emparés de la question, puis cela a été « éclipsé pendant les Trente Glorieuses et surtout après la chute du communisme ».
Il indique que le capitalisme est un système économique. Alors, il relève donc de l’organisation et non de l’idéologie à l’inverse du libéralisme. « Mais cette doctrine affectant les politiques menées, cela impacte alors les formes de capitalisme. » Michel Cabannes rappelle la robustesse de ce système économique. « La grande force du capitalisme c’est d’adapter en permanence les moyens de sa domination » comme le dit Braudel. Face aux crises, il a une capacité d’auto-transformation.
Mais Michel Cabannes explique comment ce système est aujourd’hui ébranlé. Cela engendre des dégradations sur le plan social, économique et sur les finances publiques.

 

3- Les monnaies locales et virtuelles

Les monnaies complémentaires apparaissent en marge de l’euro depuis la crise et notamment au sein des systèmes échanges locaux (SEL). Jean-Marc Figuet prend notamment l’exemple de l’eusko qui sert de substitution à l’euro en Pays basque, de l’abeille à Villeneuve-sur-Lot, du miel à Libourne… : « L’idée est que la monnaie ne soit pas violente en s’adaptant aux écosystèmes locaux ».
A ces monnaies locales, il faut ajouter les monnaies complémentaires délocalisées par la dématérialisation comme le bitcoin. Mais celle-ci est-elle vraiment de la monnaie ou bien de la spéculation ?
« Il y a une grande volatilité de ces monnaies à l’inverse des monnaies locales ». Le propre de la monnaie locale est de ne pas être soumise aux fluctuations du marché. Un argument pour les défenseurs de ces monnaies.

 

4- La croissance est-elle indispensable ?

Eric Berr définit la croissance et ce qu’elle ne recouvre pas. Ainsi il rappelle que la croissance est un indicateur uniquement quantitatif. « Or la qualité est importante : est-ce que je dois investir dans des centrales nucléaires ou dans la santé ? ».
Ce périmètre de la croissance permet d’examiner les problèmes générés par elle mais aussi les liens entre croissance et répartition. « Chercher à tout prix la croissance, comme un fétiche qui serait un préalable à tout, peut-être inutile ». Sur ce sujet d’actualité, il explique que la croissance n’est pas un objectif mais un résultat.

 

5- L’euro a-t-il encore un avenir ?

L’Europe a toujours été attachée à la stabilité monétaire, rappelle Pascal Kauffmann. L’euro n’en est que la déclinaison récente. Le passage à l’euro est dans le prolongement de l’histoire, mais « il a comporté un certain nombre des pêchés originaux ». On a sous-estimé les problèmes : le fait de ne pas imaginer que des pays comme la Grèce pourraient poser des problèmes macro-économiques. Et on a surestimé la capacité de la zone euro à résister aux turbulences.
L’idée de sortir de l’euro « est une idée assez absurde car l’Europe a toujours été pour l’ordre monétaire ». A partir de là, le chercheur s’interroge sur les pistes qui permettront de résister aux tempêtes futures.

 

6- Les nouvelles mobilités urbaines

Guillaume Pouyanne parle d’un cas typique de ce qu’il appelle une « inversion politique » : passer du tout voiture à la lutte contre la voiture.
Auparavant, nous avions un système où l’on favorisait la voiture et où la ville s’est construite autour et avec elle. Pour beaucoup d’habitants, la voiture est indispensable, alors on invente de nouveaux moyens de mobilité comme les vélos partagés.
Il analyse alors ce qui a été mis en place ces dernières années pour inciter les gens à ne plus utiliser leurs voitures. Mais dans le même temps, les comportements eux-mêmes se sont complexifiés, l’emploi du temps des habitants n’est plus le même.

 

7- Catastrophisme et peur : des moteurs pour l’action environnementale ?

Clarisse Cazals propose une analyse des facteurs déterminants concernant les choix environnementaux. Quel est le raisonnement économique pour expliquer les comportements ? Dans ce cadre, il est pertinent d’interroger le rôle du catastrophisme et de la peur. Est-ce cela est un bon moteur pour changer les comportements ? En effet, régulièrement, on utilise la peur pour faire réagir. Face à cela, l’analyse économique peut paraître très frustre. Qu’en est-il ?

 

8- L’ubérisation et l’économie du partage

Matthieu Montalban interroge la place actuelle de l’économie du partage. Très présente dans l’actualité, cette nouvelle économie est-elle vraiment nouvelle ? Aujourd’hui, elle semble se développer et trouve de nouveaux vecteurs avec les nouvelles technologies. Mais l’histoire économique nous montre que ce phénomène est ancien. Matthieu Montalban se demande de quelle type de société est-elle vectrice.
Avec l’ubérisation, quels sont les changements que cela implique : freelancer, nouveau salariat, sortie du salariat ?
Au regard des différentes économies du partage, nous pouvons parler d’une nouvelle forme de capitalisme.

 

9- Peut-on mesurer le bonheur ?

Puisque l’économie est souvent perçue par les indices de mesure, Vanessa Oltra pose la question suivante : faut-il mesurer le bonheur et pourquoi ?
Le débat porte aujourd’hui sur la sortie du seul PIB (produit intérieur brut) et l’instauration comme au Bhoutan du BNB, le « bonheur national brut ». Le bien-être, le sentiment de satisfaction et la perception de la qualité de vie sont forcément subjectifs. Alors comment les mesurer ?
Si le dicton dit que l’argent ne fait pas le bonheur, les indicateurs montrent qu’il faut d’abord un certain seuil de revenu pour être heureux. Passer ce seuil, la différence de revenus n’impacte pas le bonheur. En revanche, la pauvreté et le chômage sont destructeurs de bonheur.
Mais l’indicateur de bonheur doit être robuste pour imaginer quitter l’indicateur unique du PIB.

 

10- Le marché et la finance dans la préservation de la biodiversité

Tina Rambonilaza rappelle que la biodiversité n’est pas la nature. Elle s’étend aux enjeux écologiques et génétiques pour le maintien de la diversité  du « vivant ». A ce titre, l’économiste tente alors de répondre à la question : la préservation de la biodiversité devrait-elle échapper au marché et aux acteurs de la finance ? Elle prend ici l’exemple complexe de la production et la commercialisation du « riz biologique », en déplaçant notre regard sur le cas du « riz cambodgien ».

Alexandre Marsat

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