Votre version d'internet explorer est obsolette, veuillez mettre votre navigateur à jour pour accéder à ce site.

Mettre à jour

« Les Landes : c’est une forêt qui évolue beaucoup »

Louise Bouchet et Antoine Luginbühl, paysagistes, cogérants de l'atelier de paysage "Passeurs" nous ont accompagné dans la forêt pour observer les évolutions de la nature au fil des saisons. Ils nous livrent leur vision des Landes dans le passé comme dans le futur. 

Forêt au bord de la Leyre

Qu’est-ce qui caractérise le plus la forêt des Landes ?

Louise : Elle a un côté rectiligne, avec des lignes très rythmées de fûts qui montent à 30 mètres. Au premier regard, de façon globale, elle peut paraître monotone ou homogène, mais dès qu’on s’approche, on découvre une très grande diversité et toute sa magie. J’ai un penchant aussi pour ses petites rivières qui serpentent dans le sable.

Antoine : Pour moi, le plus caractéristique de la forêt landaise, ce sont les jeux de lumières et les clairs obscurs à travers les troncs, tôt le matin ou tard le soir. C’est aussi une forêt qui évolue beaucoup. Ces pins ont été plantés par l’homme pour produire du bois. De fait, chaque année, les paysages changent en fonction des coupes effectuées ou non sur telle ou telle parcelle. On a ainsi de jeux d’ouverture et de fermeture du paysage au fil de l’année et des années. Cela m’évoque les grandes transformations du paysage, le fait qu’avant le milieu du 19e siècle, il n’y avait que de la lande désertique et aucune forêt. En plantant ces forêts, les hommes ont modifié le paysage, mais aussi les modes de vie, de travail avec l’abandon de l’élevage et l’apparition de nouveaux métiers comme les gemmeurs, qui récoltaient la résine des pins. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette forêt des Landes a-t-elle beaucoup changé depuis 50 ans ?

Antoine : Oui, on a vu apparaître notamment de grands espaces agricoles dans les années 60 avec la venue de cultivateurs du nord de la France. Il n’y a plus de gemmeurs. Le bois sert toujours à faire du papier mais de moins en moins.

Louise : La villégiature et l’habitat se sont aussi développés le long des routes avec un attrait de vivre dans ces paysages alors qu’on n’est pas loin de Bordeaux.

 

Est-ce que de nouvelles espèces végétales sont apparues ou ont disparu ces dernières décennies

Louise : Des essences et des animaux ont été protégés dans le cadre de la préservation de la biodiversité, notamment dans des zones près des rivières. De nouveaux végétaux horticoles sont apparus dans les Landes issus de plantations faites dans les jardins, comme les arums, les thuyas, le lierre, les pyracanthas…plantes qui ne sont pas spécifiques aux Landes.

 

Est-ce que les tempêtes ou les fortes pluies abîment la forêt des Landes ?

Les Landes ont subi plusieurs fois de fortes tempêtes, notamment en 1999 et 2009. Le pin est un arbre qui monte jusqu’à 30 m de haut, enraciné dans du sable avec des racines peu profondes, il est donc très soumis au vent et très fragile face aux tempêtes.

 

Pensez-vous que le réchauffement climatique aura des conséquences sur la forêt des Landes et lesquelles ?

Antoine : Les pins résistent bien à la chaleur, mais il y aura des végétaux dans certaines zones qui vont disparaître en raison du manque d’eau. Les espèces protégées sont justement près des zones humides. Avant, le paysage, c’était aussi des dunes. On va peut-être dans le futur retrouver ce type de paysages avec des zones désertes. La forêt est faite de plein de petites lagunes qui peut être pourraient disparaître.

 

Va-t-on planter des arbres plus résistants ?

Antoine : Aujourd’hui, on prend conscience de plus en plus que le pin n’est pas la meilleure espèce face aux tempêtes. De plus, avec son bois, on peut faire du papier, mais pas vraiment des meubles ni des éléments pour la construction. L’ONF, Office national des Forêts, qui gère des forêts, fait des essais sur desplantations de feuillus plus résistants aux tempêtes, mieux pour la biodiversité et pour la transformation. Mais, de là à ce que tous les pins disparaissent… !

Louise : Au sein du Parc Naturel Régional, des expérimentations sont faites sur de nouvelles plantations et des recherches ainsi que dans d’autres régions, comme sur le pin maritime en Ardèche. 

 

D’après vous, comment sera la forêt des Landes dans 100 ans ?

Antoine : Aujourd’hui, on est dans une période de transition pour notre gestion des énergies. On peut imaginer que dans 100 ans, il pourrait y avoir des essences différentes mais dédiées aux énergies renouvelables pour alimenter des chaufferies de la région ou des habitations.

Louise : La forêt de Landes est la plus grande de France. On peut imaginer qu’il n’y aura pas de réponse unique.

 

Pourquoi des arbres poussent-ils dans le sable et d’autres pas ?
Certains arbres sont exigeants, ont besoin de sols riches et d’autres préfèrent des sols moins riches. Dans les Landes, l’eau coule vite dans le sable et le pin justement ne demande pas un sol très riche. Le chêne par exemple est exigeant. On en trouve dans les Landes mais ils sont petits et ont souvent des formes torturées.

 

Interview réalisée par les élèves de 6e du collège François Mauriac de Saint-Symphorien dans le cadre de "Sciences en collège".