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« On devrait tous lire de la science-fiction ! C'est un immense laboratoire fictionnel »

L'astrophycien Roland Lehoucq est un expert des relations entre sciences et littérature. Ou comment apprendre les sciences en se basant sur les oeuvres les plus populaires de la science-fiction. Interview.

Pour Roland Lehoucq, un bon travail en science se vérifie par la nature. En science-fiction, c'est la cohérence d'une oeuvre qui assure son succès

Parfois, la science-fiction passe pour une boutade voire une insulte dans le milieu des scientifiques. Pas pour Roland Lehoucq : l'astrophysicien s'est fait connaître en 2005 avec « Faire de la science avec Star Wars », un livre où il décortiquait le film pour mieux expliquer les mécanismes scientifiques mis à l’œuvre. Avant, il avait aussi passé les super-pouvoirs de Superman au crible de l'analyse scientifique. Qu'un astrophysicien travaillant au CEA puisse s'intéresser à ce qui passe encore pour une littérature dite régressive peut surprendre. Interview.

 

Quand on lit de la science-fiction et que l'on est scientifique, on passe son temps à repérer les incohérences ?

Je suis un scientifique qui a envie de parler de science. Et j'ai toujours aimé la science-fiction. Beaucoup sont venus à la science par la SF mais moi, c'est le contraire. Comme toute littérature d'imaginaire, il faut débrancher le module d'incrédulité sinon, on n'y croit pas. Mais il y a une obligation de cohérence et de rationalité. Une mauvaise œuvre ne serait pas cohérente ; si elle bricole la logique scientifique, c'est mauvais.

Il y a donc des ponts entre les deux univers ?

En science, il faut de la rationalité. En littérature, de la rationalité et de l’imaginaire mais en science ce n'est pas le public qui décide de la qualité du travail, seulement la réaction de la nature. En science, on fait des prédictions sur le monde : si elles se vérifient, c'est une bonne hypothèse. Sinon, c'est faux. La science a permis de dépasser les apparences du monde. Ce que peut la SF, c'est mettre en scène et imaginer les conséquences des sciences sur les humains. C'est la seule littérature qui fasse ça.

Les scientifiques devraient donc lire de la science-fiction pour comprendre les conséquences de leurs recherches ?

Mais tout le monde devrait en lire ! C'est un immense laboratoire fictionnel. Cela permet de se poser des question sur le monde humain. En littérature, on peut raconter des histoires d'amour mais en SF, on raconte des histoires d'amour avec des robots, des extra-terrestres... On s'interroge sur le propre de l'homme. Et il est inutile que la technologie existe déjà : dans « Le Meilleur des mondes », Aldous Huxley décrit un univers où on fabrique des humains en fonction des tâches qu'on veut leur assigner. A l'époque, le clonage n'existe pas. Ce qui est brillant, c'est d'imaginer les conséquences sur les humains.
Il ne faut pas être un génie pour créer une technologie : quand on a des carrioles tirées par des chevaux et qu'on invente le moteur, ce n'est pas difficile d'imaginer la voiture. Ce qui l'est, c'est d'imaginer les bouchons.